Nous, les Vieux-Allemands d’Alsace !

 Juridiquement nos ancêtres alsaciens sont devenus français à l’avènement de la République le 22 septembre 1792. Plus tard encore pour ceux nés dans les territoires annexés ultérieurement par les Révolutionnaires.

Sous l’Ancien régime

Seul le roi peut délivrer des « lettres de naturalité » conférant aux « aubains » (étrangers vivant sur le territoire) la qualité de « régnicoles » (sujets du roi). Source : Ministère de l’Intérieur

Devenir français sous l’Ancien-Régime était une faveur exceptionnelle. Turenne, n’était pas français, mais sedanais. Ses titres accordés par Louis XIV étaient « Prince-Étranger « et « Maréchal de France ». Malgré ses états de service, Turenne n’a jamais été « maréchal français ».

Les Alsaciens sont donc des étrangers : les « Allemands de France ». Leur langue ancestrale est l’allemand. Qu’on le veuille ou non, les Alsaciens sont des Altdeutschen. Ils portent des patronymes et des prénoms allemands. L’Alsace est une terre germanique séparée de la France par la Lorraine, qui comme elle, a le statut de province étrangère.

Avril 1790 : Wilhelm Koch : « Réflexions adressées à l’Assemblée nationale

« La partie la plus considérable des habitants de la province d’Alsace est composée d’Allemands. Tout le petit peuple des villes, & le plus grand nombre des habitants de la campagne, ignorent complètement l’usage de la langue française… La situation topographique de l’Alsace est telle, ses rapports de commerce avec l’Allemagne sont si habituels et si urgents, que la langue allemande y est constamment entretenue, que la province, et surtout les grandes villes, sont continuellement recrutées d’Allemands qui viennent s’y fixer de toutes les contrées de l’Empire ».

Sous la République

Dès leur prise du pouvoir, les Jacobins déplacent la frontière sur le Rhin, afin d’isoler des autres Allemands, les Alsaciens dont ils se méfient.

20 septembre 1792 : Création de l’État-civil

La création de l’État-civil n’est pas anodine. Les Révolutionnaires cherchent à créer un État-nation en tentant d’éradiquer toutes les particularités des peuples vivant en France. Leur but est de contrôler les populations en confisquant le pouvoir aux religieux. À partir de 1793. Les registres doivent être tenus en français et en double exemplaire par les officiers municipaux.

En terres germaniques, la chose est impossible, Plus de 92 % de la population alsacienne ne comprend pas le français. Dans de nombreuses mairies, les naissances, mariages et décès continueront à être rédigés en allemand durant une vingtaine d’années. Ce n’est qu’à partir de 1811 que les registres d’État-civil seront tenus partout en français par la mise en place de registres pré-imprimés dans lesquels il suffira de renseigner les cases nom, prénoms, lieux, dates… Les officiers d’État-civil francisent systématiquement les prénoms allemands. Pour la première fois, on les Alsaciens sont affublés de prénoms français. Les déclarants signeront Johann ou Peter durant des générations. Les toponymes des rues sont également francisés.

Les noms de famille féminins sont supprimés

Une des richesses linguistiques de la langue allemande est la féminisation logique des noms de familles. Le nom de l’épouse et des filles de Müller sont orthographiés Müllerin dans les registres paroissiaux. Éradication de l’écriture gothique et de ses composantes : ä, ö, ß, ü, ÿ…

Haro sur les langues ancestrales et l’allemand en particulier

Les révolutionnaires ont une haine viscérale des Allemands, de leur langue et de leur culture. Ils suppriment les régions qu’ils morcellent en départements et cantons. Les Alsaciens sont suspects pour la France. L’allemand est décrété langue étrangère.

27/01/1794 : Rapport du Comité de salut public sur les idiomes par Bertrand Barère.

« Le pouvoir de l’identité du langage a été si grand qu’à la retraite des Allemands, plus de vingt-mille hommes des campagnes du Bas-Rhin ont émigrés. L’emprise du langage & de l’intelligence qui régnait entre nos ennemis d’Allemagne & nos concitoyens du département du Bas-Rhin est si incontestable, qu’ils n’ont pas été arrêtés dans leur émigration par tout ce que les hommes ont de plus cher, le sol qui les a vus naître, leurs dieux pénates & les terres qu’ils avaient fertilisées. C’est ainsi que la contre-révolution s’est établie sur quelques frontières en se réfugiant dans les idiomes étrangers ou barbares que nous aurions dû faire disparaître…

Le fédéralisme & la superstition parlent bas-breton; l’émigration & la haine de la République parlent allemand, la contre-révolution parle l’italien, & le fanatisme parle le basque. Brisons ces instruments de dommage et d’erreur. Laissons la langue allemande, peu faite pour des peuples libres, jusqu’à ce que le gouvernement féodal ou militaire, dont elle est le plus digne organe, soit anéanti ».

19 février 1794 : Dissertation sur la francilisation de la ci-devant Alsace.

Le jacobin Henri Rousseville, curé défroqué, exige des mesures énergiques contre le particularisme séditieux des Alsaciens. « J’ai vu avec satisfaction qu’une partie des familles patriotes envoyaient leurs enfants dans les contrées voisines où la langue française est usitée, et j’ai dit : Pourquoi ne pas généraliser les choses ? Pourquoi ne pas faire une espèce de levée en masse de tous les jeunes citoyens et citoyennes de la ci-devant Alsace, et les placer pour un temps, et par réquisition, chez les Français de l’Intérieur. On en transplantera une bonne partie dans les lieux où il faudra qu’ils deviennent Français, et on laissera l’autre pour se franciser avec la colonie qu’on appellera de l’intérieur de la République ». Il est à noter que Rousseville est la première personne à parler de « Français de l’intérieur ».

25 mai 1794 : Rapport de l’abbé Grégoire sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser la langue française. (16 prairial An II)

Plus de 6 millions de Français ne comprennent pas du tout le français, 3 millions le parlent convenablement, soit 10 % de la population. Le français est parlé en ville et par les gens aisés.

« Il n’y a qu’environ quinze départements de l’intérieur où la langue française est exclusivement parlée. Encore y éprouve-elle des altérations sensibles, soit dans la prononciation, soit par l’emploi de termes impropres et surannés… Au nombre des patois, on doit placer encore l’italien de la Corse, des Alpes-Maritimes, et l’allemand des Haut et Bas-Rhin, parce que ces deux idiomes y sont très dégénérés. C’est surtout vers nos frontières que les dialectes communs aux peuples des limites opposées, établissent avec nos ennemis des relations dangereuses, tandis que dans l’étendue de la République tant de jargons sont autant de barrières qui gênent les mouvements du commerce.

1806 : 45 000 Alsaciens sont incorporés de force dans les armées napoléoniennes.
Les paysans sont très mécontents de perdre des bras utiles à la ferme. Certains ne déclarent plus la naissance de leurs fils.

1815 : Traité de Wien/Vienne

Projet de restitution de l’Alsace-Lorraine et des Trois-Évêchés à l’Allemagne.

Le projet initial est de rendre l’Alsace et la Lorraine à l’Allemagne. Le discours officiel français est : Nul n’a songé à réclamer ces provinces ! Dans les rapports franco-allemands, chaque conflit est la conséquence du précédent. Quatorze années après les dernières spoliations des Révolutionnaires, (Traité de Lunéville 1801), Il est demandé la restitution de l’Alsace-Lorraine et des Trois-Évêchés à l’Allemagne, la légitime propriétaire.

Des négociations on lieu entre Lord Castlereagh (ministre de la Guerre), le duc de Wellington, le Tsar Alexandre ainsi que Fouché et Talleyrand au sujet la restitution à l’Allemagne, des terres annexées par la France. Lord Castlereagh (ministre anglais de la Guerre), l’opinion publique en Angleterre, tout comme l’Autriche, la Prusse, la Bavière et le Württemberg demandent la restitution à l’Allemagne de l’Alsace-Lorraine et des Trois-Évêchés.

« On laissa, en 1815, l’Alsace et la Lorraine à la France pour apaiser les passions révolutionnaires et cinq ans après le pays fourmillait de conspirations, et dix ans plus tard la branche aînée était renversée par une explosion révolutionnaire du plus grand style. Cela étant, ne pourrait-on pas trouver convenable de suivre une fois le chemin opposé et de chercher à garantir le repos de l’Europe, non en cultivant l’orgueil français, mais en renforçant les frontières allemandes »[1]

1853 : Fuite des Alsaciens-Lorrains pour échapper au service militaire français

Les guerres napoléoniennes ont laissé de profondes meurtrissures dans les familles. La guerre de Crimée génère des désertions au sein des classes d’hommes mobilisables. De nombreux jeunes émigrent vers les Amériques. Le Gouvernement français s’en inquiète et prend des mesures répressives contre les déserteurs. Dans les zones germanophones il y a jusqu’à dix pour cents de déserteurs.

https://alsaciae.org/2019/07/28/fuite-des-alsaciens-lorrains-avant-la-guerre-de-1870/

1870 : Lettre du général Ducrot au général Trochu :

« Depuis quelque temps, de nombreux agents prussiens parcourent nos départements de la frontière, particulièrement la partie comprise entre la Moselle et les Vosges ; ils sondent l’esprit des populations, agissent sur les Protestants, qui sont nombreux dans ces contrées et sont beaucoup moins Français qu’on ne le croit généralement. Ce sont bien les fils et les petits-fils de ces mêmes hommes qui, en 1815, envoyaient de nombreuses députations au quartier général ennemi pour que l’Alsace fît retour à la patrie allemande »

10 mai 1871 : Traité de Francfort

La France cède l’Alsace à l’Allemagne en toute propriété et pour l’éternité. L’Alsace et ses habitants redeviennent allemands. Pour les Allemands, c’est une restitution : un peuple est un ensemble de personnes ayant la même langue et la même culture. Pour les Français, c’est une spoliation : un peuple est un ensemble de personnes d’horizons différents désirant (paraît-il) vivre ensemble.

Depuis qu’ils sont redevenus officiellement allemands, les Alsaciens sont considérés comme des Français par les Germanophobes. Frontière vosgienne ou rhénane, il y a toujours eu des mariages entre Alsaciens, Badois, Palatins, Sarrois et Würtembourgois qui sont tous Altdeutschen.

11 Novembre 1918 : Armistice franco-allemand

24 novembre 1918 : L’Alsace est occupée militairement, tous ses habitants sont suspects.

Francisation des prénoms

En 1918, dès son invasion de l’Alsace, (le statut officiel est pays occupé) le gouvernement francise les prénoms de tous les Alsaciens.

Les Alsaciens nés de couples mixtes après la guerre sont allemands mais ils doivent obligatoirement porter des prénoms français. Cette dernière mesure est discriminatoire puisque les autochtones des départements algériens ne sont pas soumis à cette obligation.

Francisation de noms de cités et de rues

Les noms des villes, villages et châteaux sont déformés, les noms ancestraux des rues sont traduits en français ou remplacés par des noms de militaires responsable de la mort des trois-quarts des 50 000 Feldgrauen alsaciens-lorrains tués à la guerre.

Tri de la population selon des critères ethniques

Les habitants sont considérés soit comme allemands, soit comme français selon leur date d’arrivée de leur famille en Alsace.

Arrivés avant 1871 : ils sont considérés comme des Alsaciens de souche, bien que leurs ascendants se soient mariés durant des siècles avec des Allemands nés Outre-Rhin.

Arrivés après 1871 : ils sont considérés comme des Altdeutschen et sont indésirables, tout comme leurs enfants.

Les enfants issus de mariage mixtes nés allemands sont indésirables.

Cartes d’identité discriminatoires

CARTE A

Quatre cartes d’identité sont distribuées aux citoyens du Reichsland Elsaß-Lothringen selon des critères ethniques.

Les Alsaciens les moins suspects, ceux dont les ascendants ne se sont pas mariés avec des Allemands d’outre-Rhin depuis 1871, bénéficient de la carte A qui ne leur permet pas de quitter les frontières du Reichsland occupé.

EXPULSIONS2

Expulsions de citoyens du Reichsland Elsaß-Lothringen par l’occupant

Cent-mille citoyens du Land Elsaß-Lothringen sont illégalement expulsés par l’armée par française selon des critères raciaux. Leurs biens sont saisis.

A l’armistice, il y avait environ 240.000 civils allemands. Sur ce nombre, 30.000 retournèrent de leur plein gré dans le Vaterland. Au cours des 44 mois suivants, on a expulsé 78.000 sujets du Reich (dont 48.000 en Moselle).

Parmi ceux qui restaient, 73.000 ont été naturalisés en vertu du traité de Versailles. Il reste donc approximativement 59.000 Allemands : en Moselle

38.000, dans le Bas-Rhin 15.000, dans ,1e Haut-Rhin 6000. L’industrie mosellane occupe, en effet, un grand nombre d’ouvriers originaires d’Outre-Rhin.[3]

10 janvier 1920 : ratification du Traité de Versailles

L’Alsace redevient française mais pas tous ses habitants dont une partie reste allemande.

Monuments aux Morts des Feldgrauen alsaciens-lorrains

Les Alsaciens tués pendant la guerre se retrouvent affublés de prénoms français sur leurs Monuments aux Morts. La mention « Morts pour la Patrie » est interdite, tout comme le nom de leurs régiments et de leur grade. Quelques rares communes braveront l’interdit en gravant dans la pierre les vrais prénoms de leurs héros.

Par contre, une cérémonie avec défilé militaire, fanfare, minute de silence, gerbes, discours etc. doit être organisée dans chaque commune tous les 11 novembre à la gloire des soldats ayant combattu sous l’uniforme français. (Loi du 24/10/1922).

Naturalisation d’office des Vieux-Alsaciens et de leurs enfants

Par la loi du 10 août 1927, tous Alsaciens nés de couples mixtes deviennent automatiquement français. Il n’y a aucune mesure charitable dans ces naturalisations : le Gouvernement s’est aperçu que de nombreux garçons alsaciens échappaient au service militaire. Français de seconde zone, les Alsaciens issus de couples mixtes, devront tout au long de leur vie, produire un Certificat de nationalité pour obtenir une Carte d’identité ou travailler dans l’Administration. Ce certificat est obtenu au tribunal, sur présentation du Livret de famille ainsi que l’extrait de Registre des personnes réintégrées de plein droit, en application de l’article 1 de la Loi du 10 août 1927.

Mise au pas des Alsaciens

Mai 1945 : Nomination d’Émile Bollaert, Commissaire de la République.

Bollaert est un ancien déporté du camp de Buchenwald. Le préfet Cornu-Gentille a essayé de le convaincre d’expulser définitivement tous les Alsaciens protestants du nord de l’Alsace vers le sud-ouest de la France. (Secteurs de Bouxwiller, Ingwiller Sarre-Union, Hatten, Hunspach et Ittenheim, Surdenheim).

L’alsacien est déclaré « Langue de l’ennemi.

Mise au ban de la langue maternelle des Alsaciens déclarée « Langue de l’ennemi » Le Gouvernement se sert de Hitler pour faire disparaitre toutes spécificités alsaciennes, dont la langue maternelle qu’il faut oublier et ne plus transmettre à ses enfants. Pour récupérer le cœur de tous les Alsaciens, les grands moyens sont employés.

Une Histoire mensongère est distillée qui laisse entendre que l’Alsace et ses habitants sont français depuis 1648 et que les conflits franco-germaniques ont débuté en 1870 par « l’annexion de l’Alsace ».

[1] SYBEL Henri : droits de l’Allemagne sur l’Alsace-Lorraine (1815)
[2] Le Monde illustré 1/10/1870
[3] Journal de Genève du 16/08/1922

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