1793 : Westermann, le boucher des Vendéens

Quand il ordonne un crime, il est trop obéi,

Par cent mille assassins son courroux est servi,

Et des fleuves français les eaux ensanglantées

Ne portaient que des morts aux mers épouvantées.

Voltaire : Henriade

Pour contrebalancer le fait que l’Alsace est une terre germanique, ont lit souvent que  l’Alsace a produit plus de 70 généraux lors de la Révolution et des guerres napoléoniennes. Il n’y a pas de quoi pavoiser. Pour mémoire, jusqu’à la Révolution, l’Alsace (une partie) était une province étrangère peuplée d’Allemands appartenant au roi de France.

BATAILLE DE SAVENAY

Le 23 décembre 1793, a lieu la Bataille de Savenay en Vendée, conduite par le général de division Kleber. Celle-ci se termine par d’atroces massacres de la population. Le général Westermann s’est occupé des finitions en massacrant hommes femmes et enfants. Ces deux « héros du Roman national » ont mal fini leurs jours :

Johann Benedict Kleber né le 9 mars 1753 à Strasbourg,  a été assassiné au Caire le 18 juin 1800 par Soleyman El Halaby. Celui-ci a été condamné au supplice du pal.

Frantz Josef Westermann né le 5 septembre 1751 à Molsheim  a été guillotiné le 5 avril 1794.

POPULICIDE

Il y a une polémique : génocide ou pas génocide ?  Gracchus Babeuf parlait de populicide dans son livre « Du système de la dépopulation ».

Officiellement le terme génocide est refusé puisqu’il y a eu auparavant une bataille entre deux armées. Les massacres de la population ne sont que des dégâts collatéraux inévitables. Reconnaitre UN génocide, risque d’être obligé d’en reconnaitre de nombreux autres, comme les  populicides commis par l’armée de Turenne à Türkheim en 1675, et ceux qui ont eu lieu lors des guerres coloniales. C’est une chose impossible pour la patrie des Droits de l’Homme.

Admettre des massacres peut être envisageable, mais pas de génocides pour lesquels il n’y a pas de prescription. Si on s’en tient aux mémoires de Kleber, il ne se battait parfois contre une armée de Vendéens mais surtout contre des brigands.

Mémoires de Kleber (extrait)

Il n’en fallut pas  tant à cette valeureuse troupe pour s’élancer en avant. Le pas de charge se fait alors entendre partout. Canuel culbute l’ennemi sur la gauche, Marceau sur le centre, et moi sur la droite. Le cri de Vive la république! retentit dans les airs, les Brigands fuient et tombent sous le fer des Républicains. Les canonniers ennemis sont égorgés sur leurs pièces. On traverse Savenay. Chaque colonne prend une direction différente à la poursuite des. Rebelles. Le carnage devient horrible. On ne voit partout que des piles de cadavres Une grande partie va se noyer dans les marais de Montoir ; le reste se jette dans les bois où bientôt ils sont découverts, tués ou faits prisonniers. Équipages, canons, ornements d’églises, papiers relatifs à leur administration tout tombe en notre pouvoir et, pour cette fois, la défaite de l’ennemi rend sa destruction certaine. On envoie alors des patrouilles d’infanterie ou de cavalerie dans tous les villages des environs. Quelques-uns sont occupés par des Brigands; on veut parlementer avec eux, mais ils répondent par des coups de fusil, et un adjoint de l’état-major, en leur portant des paroles de paix, en fut blessé. Aussitôt on fait un feu roulant sur eux et tous ils périrent. Des milliers de prisonniers de tout âge et de tout sexe sont successivement arrêtés et conduits sur les derrières. Les représentants du peuple les firent juger par des tribunaux révolutionnaires, et la France, l’Europe entière, connaissent toutes les atrocités qu’on a exercées sur ces misérables. La ville de Nantes a particulièrement servi de théâtre à ces scènes sanglantes et inouïes, que ma plume se refuse de décrire.

Relation de la bataille par Westermann

Nous fîmes une boucherie horrible, les dernières des six pièces de canon, quelques caissons, équipages, trésors, etc, tout tomba en notre pouvoir… Partout on ne voyait que des morceaux de morts. Moi je me suis attaché à quelques pelotons de cavalerie et d’infanterie qui s’étaient sauvés sur la gauche. Tous furent noyés ou taillés en pièces. Les brigands qui échappèrent, cette journée, à la mort furent traqués, tués ou ramenés par les habitants des environs. Dans la banlieue de Savenay seule, plus de six mille ont été enterrés ».

Lettre de Westermann au Comité de Salut Public

« Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m’aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé. Un chef des Brigands, nommé Désigny, a été tué par un maréchal-des-logis. Mes hussards ont tous à la queue de leurs chevaux des lambeaux d’étendards brigands. Les routes sont semées de cadavres. Il y en a tant que, sur plusieurs endroits, ils font pyramides. On fusille sans cesse à Savenay, car à chaque instant il arrive des brigands qui prétendent se rendre prisonniers. Kléber et Marceau ne sont pas là. Nous ne faisons pas de prisonniers, il faudrait leur donner le pain de la liberté et la pitié n’est pas révolutionnaire»

 

3 commentaires sur “1793 : Westermann, le boucher des Vendéens

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  1. Au delà de la question de savoir si c’était un génocide ou pas, qui est une discussion juridique assez peu intéressante pour le commun des mortels (à moins qu’on ne se destine à la « dépopulation révolutionnaire » ou au massacre « en général » et dans l’optique de perdre à la fin – parce que sinon comme disait l’autre sanguinaire « l’état c’est moi » … ), le vrai problème c’est que ces gens là, et ceux des colonnes infernales, s’appelaient « républicains », « les bleus » par leurs ennemis, ou « nationaux » comme l’éducation est « nationale » avec ses hussards noirs.
    Ils ne sont plus d’un pays mais universels ces bourreaux de l’aculturation.

    L’idéologie – la doctrine, qui était la leur a inspiré les « grands » hommes du 20ème siècle, et ce déni est …dangereux comme nous le savons si bien.
    On a entendu la classe politique gloser sur « l’extrême-droite » qui s’appelle « patriote » maintenant, mais au fond ils partagent toutes et tous la même idéologie et surtout le mème déni. Parce que sans ce déni ils pourraient et devraient regarder en face les problèmes de notre temps sans les illusions du passé.

    Cela dit le nationalisme a représenté un moment d’émancipation très important et c’est toujours le cas pour les gens qui vivent sous le ou les jougs des puissances dominantes. Il faut juste reconnaitre que ces principes ont atteint leurs limites.

    1. Il y a eu des demandes officielles de qualifier les massacres des Vendéens en génocide. Cela bloque dans le pays des droits de l’homme. Cela mettrait Kleber et Westermann au niveau des nazis. Et pourtant…

      1. Bah – la spécificité des nazis et autres génocidaires Hutus, c’est le fait d’organiser systématiquement le massacre, déplacements et coetera d’une population donnée.
        A Savenay on parlera plutot des lois de la guerre, qui sont postérieures, et des populations civiles.
        En revanche les colonnes infernales étaient génocidaires.
        Mon propos étaient surtout de souligner que ce comportement est consubstantiel de la révolution, et de son idéologie, et pas le fait de certains généraux.

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