1998 : Bicentenaire de l’annexion de la République de Mülhausen

Selon la tradition alsacienne de renier son passé et d’honorer ses prédateurs, le 29 janvier 1998, Mulhouse a organisé de grandes festivités, sous la houlette du président de la République, Jacques Chirac. Celui-ci a prononcé un discours qui retournerait les anciens Mulhousiens dans leurs tombes.

« La réunion de Mulhouse à la France ne s’est pas faite en un jour. Les négociations, entamées dès les premiers mois de la Révolution, furent longues et elles furent parfois difficiles.

Certes, il y eut des réticences à l’intégration d’une commune florissante et dynamique. En outre, certaines grandes familles mulhousiennes, tournées par tradition vers la Suisse toute proche, hésitaient à rejoindre la nation française…

Pourquoi les Mulhousiens renoncent-ils ainsi à une indépendance parfois tumultueuse, chèrement acquise et si souvent défendue? Une indépendance qui a permis à la « cité du Bollwerk » de traverser sans heurts les nombreux conflits qui ont secoué la plaine du Rhin au cours des siècles et de jeter les bases d’un essor industriel prometteur ?…

Les raisons sont, avant tout, d’ordre politique et philosophique.

La réunion de Mulhouse à la France, c’est d’abord un acte de foi politique et humaniste. Cet acte de foi et d’adhésion s’accomplit sans que Mulhouse renonce en rien à son originalité et à sa liberté. Bien au contraire, les Mulhousiens se donnent, pour reprendre les termes de Jean-Ulrich Metzger, « une liberté plus étendue » au sein de la nation française.

Une telle démarche témoigne de façon exemplaire de la manière dont s’est constitué notre pays au fil des siècles. Votre ville a su prendre toute sa place au sein de la France, sans pour autant renier sa personnalité. Sans pour autant renoncer à sa tradition d’échange et d’ouverture.

La Nation est l’une des formes essentielles de notre identité, mais c’est une réalité évolutive. Aujourd’hui, elle repose certes sur notre rapport à l’Etat, mais aussi sur une communauté de valeurs partagées. C’est pour cela que l’idée de Nation, à l’heure de l’Europe, reste une idée résolument moderne. On peut à la fois être membre à part entière d’une communauté et s’insérer dans un ensemble plus vaste. On peut être ouvert sur le monde sans mettre en péril sa propre identité…

Bien sûr, notre pays est fort de ses diversités. Ainsi l’Alsace a su conserver vivants sa langue, ses usages, ses règles, sa culture, tout ce qui lui confère sa personnalité si attachante. L’identité nationale ne se nourrit pas de l’identique. Elle naît de la variété des expériences et des tempéraments. Elle résulte de différences comprises et acceptées.

Mais l’acceptation des différences n’est pas la désagrégation de la cohésion sociale. La France n’est pas, et ne sera jamais une mosaïque de communautés juxtaposées, le champ clos de groupes qui s’ignorent ou qui s’affrontent. Notre pays est un. Le communautarisme n’y a pas sa place…

Notre pays s’est toujours efforcé au fil des siècles d’intégrer plutôt que de séparer. De créer des liens plutôt que de dresser des barrières. Cette volonté d’intégration a permis de faire de la France une nation unie, au-delà de la diversité des habitants qui la composent…

Il y a de cela deux siècles, Mulhouse préférait l’union à l’isolement. Elle préférait les promesses de l’avenir aux certitudes rassurantes du passé. »

Jacques Chirac
Président de la République

4 commentaires sur “1998 : Bicentenaire de l’annexion de la République de Mülhausen

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  1. Vous êtes sévère avec les alsacien.ne.s dans votre chapo : plier pour ne pas rompre peut se comprendre quand on est sur le trajet de pas mal des grands chambardements du passé.

    Bah Chirac n’a pas été le pire des jacobins. Je crois qu’avec son « abracadabrantesque » et « les promesses n’engagent que ceux qui les croient » il a donné un aperçu de sa filosofie de la vérité…
    Est-il plus pendable ou plus coupable ? hahaha

    1. Chirac a fait écrire son discours, il a dû sincèrement penser que ce qu’il lisait était la réalité. Le problème est que certains notables veulent être plus français que français. Depuis la dernière guerre, il y a eu foisons de commémorations où l’on honore les tyrans qui ont massacré nos ancêtres.
      Ceux qui contestent l’Histoire officielle se font traiter de Nazis.
      Encore récement…
      Cela sera le prochain article

      1. Bah peut-être… il avait été marqué par la guerre d’Algérie et l’absurdité du comportement républicain…à l’époque bien sur, c’était différent 😉 .
        Les notables sont toujours celles et ceux qui savent s’intéégrer dans le nouveau jeu politique – soit par talent absolu, soit par souplesse de l’échine.

  2. En plus c’est sympa pour la Suisse. Jacques Chirac savait-il que nombre de ressortissants de ces anciens territoires suisses on opté pour la Suisse en 1919 ?

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