1891 : La presse française transforme un Alsacien brutal en Prussien assassin

Le 7 mars 1891, « Le Matin » grand quotidien français relate un fait divers : un père alsacien de Riedisheim crucifie son fils dont les hurlements ameutent les voisins. Le gamin est détaché et soigné, le père est conduit en prison.

La nouvelle est reprise huit jours plus tard par le « Le Petit Parisien » qui parle d’un crime horrible.

En 1892, la revue à scandales « Assassinats et crimes divers » publie une histoire falsifiée de ce fait divers, ainsi qu’une complainte nommée « Le petit martyr Alsacien ». Cette histoire macabre aura un tel succès en France que plusieurs autres chansons vont être créées.
La haine du « Boche » et la prétendue persécution des Alsaciens étaient vendeuses en France.

1891-LE MATIN
Le Matin du 7 mars 1891

Le petit martyr Alsacien

Source : Assassinats et crimes divers (1892)

Préface : « C’est en effet dans notre chère Alsace que cet horrible forfait s’est accompli et le monstre à face humaine qui a froidement martyrisé son enfant a été poussé à ce crime par sa haine contre nous.

Ce n’est pas son fils, c’est la France que le Prussien Hofmann a voulu crucifier et sa rage folle et sanguinaire nous démontre une fois de plus, qu’après vingt ans de répit, la nation allemande, non seulement n’a rien perdu de sa férocité, mais que cette férocité augmente encore à mesure qu’elle sent approcher l’heure des représailles. Puisse ce jour ne pas tarder à venir ! les émules d’Hofmann sont nombreux en Allemagne et la nation qui donne le jour à de pareils tigres doit disparaitre de la terre, car elle est la honte de l’humanité ».

Résumé des faits avancés par la revue

A quatorze ans, Emma, la mère du gamin est orpheline : sa mère est morte en couche, son père a été tué par les Prussiens en 1870. Sans le savoir, en 1878, Emma épouse Hofmann un forgeron bavarois qui déteste la France.

Fritz, leur fils, né en 1879 est élevé dans l’amour de la France par sa mère. Son premier mot sera « France ». Fritz est traité de « chien de Français » par Hofmann. La vie de Fritz et de sa mère est un calvaire. Emma tombe gravement malade en 1889. Avant de mourir elle fait jurer Fritz de quitter l’Alsace et de s’engager dans l’armée française à sa majorité.

Dès lors, le gamin est persécuté par son père. L’ultime dispute a lieu dans la forge, à cause d’une lettre patriotique d’Emma. La lettre est déchirée, Fritz doit crier « Vive la Prusse ». Comme il refuse, il est crucifié au mur de sa chambre.

Les voisins et la police alertés par les hurlements du gamin entrent dans la pièce et se jettent sur le meurtrier qui crie « Vive la Prusse ». Fritz sort de son évanouissement et s’écrie avant de mourir : « Vive la France ». Après un rapide procès, Hofmann est exécuté sur la place publique de Mülhausen. Sur la tombe du martyr on peut lire :

« Ci-git le petit Fritz, âgé de douze ans, Mort pour la Patrie ».

Toute cette histoire est inventée, il n’y a aucune trace de ces personnages dans les registres d’état-civil.

Complainte : Le petit martyr alsacien

La jeune Emma, noble vierge d’Alsace,

Fille d’un preux mort pour nous vaillamment

Sans le savoir, avait eu la disgrâce,

D’unir son sort, au sort d’un Allemand

Le forgeron sut longtemps, dans son âme

Cacher sa haine des Français.

Et quelques fois, il parlait à sa femme,

Avec transport de nos futurs succès.

Au bout d’un an de paix et d’espérance,

Un fils naquit, et le blond chérubin,

Son premier mot, fut le nom de la France,

Qu’il bégayait devant le Prussien.

Et puis, plus tard, la noble et sainte mère,

En racontant notre histoire à son fils,

Parlait toujours de la fatale guerre

Et de l’aïeul mort en soixante-dix.

Mais certains soirs, le forgeron sauvage,

Ferme la bouche au petit innocent ;

Puis à la mère, emporté par la rage,

Il déclarât qu’il était Allemand !

Le coup fatal tua la jeune femme !

Mais à son fils, aux portes du tombeau,

Elle faisait, en exaltant son âme,

Jurer d’aller servir notre drapeau !

Après la mort de cette mère sainte,

L’enfant subit mille brutalités

Et supporta sans pousser une plainte,

Mille tourments, toujours immérités.

Il possédait une sainte relique ;

C’était la lettre, où de ses doigts vaillants,

Le noble aïeul, à sa fille héroïque,

Recommandait ses futurs descendants.

Il relisait cette fatale lettre,

Avec bonheur, pour la centième fois,

Quand son bourreau, soudain vint à paraitre,

Et l’arracha violemment de ses doigts.

« Maudit reptile, ingrat plein d’astuce,

Lui cria-t-il, en terrassant l’enfant.

Tu vas crier bien haut : Vive la Prusse,

Ou je te cloue, au mur comme un serpent.

L’enfant se tut, et en débordant de rage

Son noir bourreau résolut d’en finir,

Le soulevant comme un sauvage,

Clouait au mur, les deux mains du martyr.

L’enfant brisé, bientôt par la souffrance

Ouvrit la bouche, en un suprême effort

Et le martyr cria : Vive la France,

Puis souriant, il attendit la mort.

5 commentaires sur “1891 : La presse française transforme un Alsacien brutal en Prussien assassin

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  1. dans le récit , on voit aussi la haine anti france du ‘bavarois’.
    c’est pour ça que je n’aime pas l’emploi d’anti pour caractériser l’opposition : anti exprime un miroir, l’anti est le même dans l’autre sens ; souvent cette identité ne se résoud qu’en tragédie, comme lá.

    1. Le Bavarois assassin a été inventé par la presse à scandale parisienne. Il n’y a aucune trace de la mort du gamin ou de l’exécution de son père dans les registres d’état-civil

  2. Intéressant ! Cela montre bien la haine anti-boche de la France des années 1890. D’où provient l’extrait cité sous le titre « Le petit martyr alsacien » ?

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