1871-1918 : Chansons haineuses et revanchardes

Marthe Chenal, soprano d’opéra française, déguisée en Alsacienne.

La perte de l’Alsace et la haine du « Boche » sont le fonds de commerce de nombreux chansonniers, écrivaillons, illustrateurs et photographes. La plupart de ces germanophobes n’ont jamais mis les pieds en Alsace mais ils s’expriment au nom de ses habitants qu’ils ne connaissent pas. Ceux qui ont voyagé en Alsace n’ont communiqué qu’avec des francophones dont ils partagent la vision.

Entre 1871 et 1918, des concerts publics étaient donnés dans les parcs par les fanfares municipales et militaires. Certaines chansons ont certainement été enseignées dans les écoles, parallèlement aux leçons d’histoires. Les associations d’Alsaciens de Paris distillaient la haine du « Boche » lors des « Arbres de Noël » comme le « Noël des petits Alsaciens ». Certaines de ces chansons font toujours partie du répertoire des armées.

Depuis la nuit des temps, les Alsaciens se marient avec leurs voisins Badois, Palatins, Sarrois et Wurtembergeois. Les registres paroissiaux et d’état-civil le confirment. L’instauration de la frontière sur le Rhin en 1790 n’a rien changé.

De la Révolution française jusqu’en 1918, le nombre de mariages entre Strasbourgeois et Vieux-Allemands est énorme : 24% en 1815 – 20% en 1820 – 16% en 1860 – 13% en 1865 – 16% en 1870 – 22% en 1872 – 21% en 1875 – 20% en 1910 (source registres d’état-civil de Strasbourg).

Jusqu’en 1918, les mariages entre Alsaciens et habitants d’Outre-Vosges étaient exceptionnels à cause des barrières linguistiques et montagneuses.

Toutes ces chansons veulent faire croire aux Français que les Alsaciens ont toujours détesté leurs voisins d’Outre-Rhin.

Florilège de chansons françaises, haineuses et revanchardes (extraits)

La jeune Alsacienne (~ 1880)

Un jour, longeant une route d’Alsace
Une fillette au regard enchanteur
Vit qu’un soldat prussien suivait sa trace
A cette vue, l’enfant frémit d’horreur
Pour l’éviter, elle marche plus vite
Mais le germain la rejoignit à l’instant
Et l’accostant doucement, il l’invite

Puis la contemple et lui dit en tremblant…

Sur l’Allemand, bravement il s’élance
Lui porte au cœur un coup rude et fatal
Et puis il dit ! Noble fille de France
Fuyons ce peuple insolent et brutal
Alsace, adieu notre belle patrie
Nous reviendrons quand nos soldats vainqueurs
Expulseront de la terre chérie
Tous ces prussiens, farouches oppresseurs.

France, entends-tu ces pleurs, ces cris de rage
Que chaque jour te porte les échos ?
Quand, pour venger l’Alsace et la Lorraine
Renaîtra-t-il des généraux héros ?

L’enfant chantait la Marseillaise (~1880)

Paroles : Villemer – Musique : Lucien Collin

Dans un village d’Alsace
Parmi les soldats du vainqueur
Une blonde fillette passe
En murmurant un air vengeur
en l’entendant ainsi chanter
Notre ancien hymne de guerre
Tais-toi, lui crie un officier
Mais répondant d’une voix fière

L’enfant lui dit : Je suis française
Et malgré tous vos soldats
Vous ne m’empêcherez pas
De chanter la Marseillaise
Croyez-moi ! Je suis française !

La fiancée alsacienne

Paroles : Gaston Villemer – Musique : Félicien Vargues

Un jour, c’était hélas la fête du village,
Elle apprit que son frère allait être pendu
Il avait d’un crachat marqué le beau visage
De l’officier prussien de fureur éperdu
L’allemand exigeait pour épargner le frère
De voir à ses désirs enfin céder la sœur
Et la sœur s’inclina mais sa voix toujours fière
Avertit de ces mots l’orgueil de son vainqueur…

Épouse-moi, fils d’Allemagne
Mais si je deviens ta compagne
Ne compte jamais sur ma foi
Toujours fidèle à l’espérance
J’aime mon beau soldat de France
Prussien, prussien, mon cœur n’est pas pour toi

Le fils de l’Allemand (1882)

Paroles : Villermel et Delorme – musique : Paul Blétry

Femme, dit l’officier, écoute ma prière
Pour lui donner ton lait j’apporte un enfant,
Dis-moi si tu consens à lui servir de mère
Moi je suis un soldat du pays allemand.

J’avais un fils, dit la Lorraine,
Blond chérubin comme le tien,
Mon homme et moi tenions la plaine
Devant un régiment prussien,
Quand tes soldats saouls de carnage
Mirent le feu dans mon hameau
Et sans pitié pour son jeune âge
Tuèrent l’enfant dans son berceau.

Va, passe ton chemin, ma mamelle est française,
N’entre pas sous mon toit, emporte ton enfant,
Mes garçons chanteront plus tard la Marseillaise,
Je ne vends pas mon lait au fils d’un Allemand.

Les rubans d’une Alsacienne (1872)
Madame Etienne

J’ai tout perdu, fils, époux, pauvre veuve
Je n’ai plus rien à la place du cœur
À mes vieux jours, de malheur Dieu m’abreuve
Je dois ramper sous l’épée du vainqueur
Alsace, hélas ! Quand viendra ta vengeance ?
A mon pays, Seigneur, rendez l’espoir
La mort des miens, les malheurs de la France
Ont sur mon front, cloué le ruban noir

Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine (1871)

Paroles : Gaston Villemer et Hippolyte Nazet – musique Ben Tayoux

Eh quoi ! nos fils quitteraient leur chaumière
Et s’en iraient grossir vos régiments !
Pour égorger la France, notre mère,
Vous armeriez le bras de ses enfants !
Ah ! vous pouvez leur confier des armes,
C’est contre vous qu’elles leur serviront,
Le jour où, las de voir couler nos larmes,
Pour nous venger leurs bras se lèveront.

Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine,
Et malgré vous nous resterons Français ;
Vous avez pu germaniser la plaine,

Mais notre cœur, vous ne l’aurez jamais.

La ferme de Wissembourg (~1880)

Paroles Villemer et Delormel – Musique Lucien Collin

C’était le soir de Wissembourg
Et la bataille était depuis longtemps finie
Une ferme qui tout le jour
Avait vomi la mort sur l’armée ennemie
Voyait maintenant sur ses toits
Flotter la bannière allemande
De tous les défenseurs il n’en restait que trois
La mère et ses deux enfants, la surprise était grande
Et les sombres vainqueurs en comptant leurs soldats
Qui manquaient à l’appel se demandaient tout bas
Comme il se faisait que le bras d’une femme
Ait pu coucher autant d’hommes sur les chemins
En entrant dans la ferme, on leur lia les mains
Puis le chef leur cria : Recommandez votre âme
On va vous fusiller le long de la maison !

Finissons, dit le chef, allons qu’on les emmène
– Oui dit la mère, eh ! bien vous allez voir
Ta mère aussi ne doit plus te revoir !
Les os de tes soldats resteront dans la plaine !
Et brisant les liens de ses poignets sanglants
Une torche à la main, prompte comme la foudre
Elle bondit vers un tonneau de poudre
Et fit sauter les allemands !

Le violon brisé (1885)

Paroles René Saint-Prest et L. Christian – Musique Victor Herpin

Tous s’enfuyaient devant leurs armes
Rouges, hélas ! de sang français ;
Fou de douleur, cachant mes larmes
Tout seul vers eux je m’avançais
– Qui donc es-tu, toi qui nous braves ?
Firent-ils en me renversant ;
– Je suis, dis-je, en me redressant
L’ennemi des peuples esclaves !

Ils ont brisé mon violon
Parce que j’ai l’âme française
Et que, sans peur, aux échos du vallon
J’ai fait chanter la Marseillaise !

Le Noël des petits Alsaciens (1880)

Paroles Villemer et Delormel

Deux petits enfants de l’Alsace
En entendant tinter minuit
S’éveillent quand sur la grand place
Passe la patrouille de nuit
Pendant que par la ville sombre
Marchent de lourds soldats germains
Les petits à genoux dans l’ombre
Murmurent en joignant les mains

Noël de l’Alsace Lorraine
Chasse les soldats allemands
Et que ta main bientôt ramène
A la France tous ses enfants
Et que ta main bientôt ramène

A la France tous ses enfants

Une vierge en sa chambre blanche
Écoutant résonner leurs pas
Ouvre sa fenêtre et se penche
Pour les maudire encore tout bas
Celui qu’elle aime, à la Patrie
Est parti pour offrir son sang
Devant la patrouille ennemie

Tiens, voilà du boudin

« Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin, voilà du boudin
Pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains,
Pour les Belges, y en a plus, pour les Belges, y en a plus,
Ce sont des tireurs au cul. »

« Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin, voilà du boudin
Pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains,
Pour les Belges, y en a plus, pour les Belges, y en a plus,
Ce sont des tireurs au cul. »

 « Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin, voilà du boudin
Pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains,
Pour les Belges, y en a plus, pour les Belges, y en a plus,
Ce sont des tireurs au cul. »

2 commentaires sur “1871-1918 : Chansons haineuses et revanchardes

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  1. Merci de m avoir fait connaître ces chansons
    Je connaissais celle du boudin
    J ATTENDS toujours avec impatience vos posts. Merci de tout coeur d une fière Lorraine mariée à un Alsacien.

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