Hansi et la gare de Colmar

Le plus bel hommage à la gare Jungendstil de Colmar et à l’architecture allemande est dû à Jean-Jacques Waltz, dit Hansi dans son livre le « Professeur Knatsché paru en 1907. Il en copie même les cariatides et le vitrail. Curieusement en 1912, Hansi dénigre la gare colmarienne dans son ouvrage « L’histoire de l’Alsace racontée aux petits enfants. En 1920, Hansi se réjouit du sabotage des sculptures de la gare, dans la revue « Notre Alsace » de l’abbé Wetterlé.

HANSI BAHNHOF

1907 : Éloges de la gare de Colmar

« La gare de Colmar, le plus beau monument d’architecture allemande en Alsace. La silhouette de cette construction rappelle fort adroitement une élégante locomotive. A remarquer parmi de nombreux détails charmants la girouette qui, elle aussi, a la forme d’une locomotive. C’est là un trait d’esprit dont bien peu d’architectes welsches seraient capables.

Tout le monde sait que l’architecture allemande moderne est caractérisée par le style nommé « Style Babel » ou « Style-Donjon », c’est-à-dire que chaque édifice, que ce soit une gare de chemin de fer, une école ou un tribunal, débute par la construction d’une tour massive et solide. Cette tour est la verticale qui appelle le regard et lui dit : « Voici une construction de l’État allemand ». Dans cet ordre d’idées, nous devons citer comme exemples typiques : le Tribunal de Mulhouse, l’Hôtel des Postes de la même ville (Renaissance Allemande ou « Style hérissé », comme tous les Hôtels des Postes d’Alsace) et, alors tout particulièrement, la nouvelle Gare de Colmar qui chante un hymne magnifique à l’Architecture Allemande et qui, en tant qu’édifice modèle, mérite une description minutieuse.

Massive et puissante, la fière tour s’élance vers le ciel et, pour mieux assurer sa défense, quatre tourelles lui sont accolées. A vrai dire, l’horloge ménagée dans la tour ne peut pas se voir des quais d’embarquement, mais il suffit que les fières toitures dominent haut dans les airs : tout le reste est secondaire et fut avec raison considéré comme secondaire par l’architecte.

Quoi qu’il en soit, nous trouvons dans le hall de la gare les particularités les plus piquantes et les plus significatives. On sait que l’architecture française se contente d’être belle et de plaire aux yeux. Bien différente est l’architecture allemande : elle écarte avec dédain toute préoccupation de goût, n’y pouvant voir que vanité et « Bildungsschwindel » welsche.

L’Architecture Allemande, elle, veut nous instruire et forcer la pensée. De là procèdent ces vitraux d’un symbolisme profond dont l’un ne représente pas par hasard, comme on pourrait le croire, un homme chevauchant un crocodile ou Siegfried tuant le Dragon, mais bien : « La Puissance humaine domptant le Cheval-vapeur.

De ce principe primordial de l’Art Allemand procèdent aussi ces admirables chapiteaux qui nous montrent comment il pousse des mécaniciens dans la ramure du Chêne Germanique. Vraiment l’étude d’un édifice semblable doit suffire à ramener dans des voies saines le goût alsacien encore perverti d’affectation et de « Bildungsschwindel » et à convertir les populations de l’Alsace au pur sentiment Allemand ».

VITRAIL

Le superbe vitrail de la gare de Colmar

Sans l’obligeance de l’artiste qui s’est donné la peine d’expliquer son œuvre, nous ne saurions peut-être pas qu’elle symbolise la force humaine domptant la vapeur sur une voie en forme de bretzel ce qui en symbolise la continuité à l’infini. On remarquera avec quel soin de l’originalité l’artiste a renoncé au symbole du cheval vapeur devenu banal, et l’a remplacé par le « crocodile vapeur » inédit.

 

CONSOLES

Détails d’architecture de la gare de Colmar

Ces admirables consoles rappellent par la finesse de l’exécution et la beauté de la forme les célèbres cariatides d’Athènes; mais elles sont supérieures à ces œuvres antiques par la richesse de l’invention et la gracieuse fantaisie qui a présidé à leur composition. Le porteur avec son petit chien, le contrôleur supérieur avec son poinçon, le contrôleur en second avec sa lanterne au milieu des feuillages stylisés, ce sont là des trouvailles dont on chercherait en vain un exemple dans l’art classique.

1912 : Première critique de la gare

Mais allez donc voir leurs prétentieux et ridicules monuments, la gare de Colmar ou le palais de l’Empereur à Strasbourg, ou les naïves et enfantines restaurations qu’ils font subir aux monuments anciens. Ces bâtisses baroques ou difformes font tâche dans nos paysages, tout comme la silhouette cocasse et biscornue de leurs auteurs.

1920 : Sabotage de la gare

L’architecte de la gare sise dans le quartier impérial de Colmar, s’est inspiré de celle de Danzig. L’aigle impériale du fronton a été martelée et remplacée par les armes de Colmar, tout comme la date : « Erbaut 1905-1906 » remplacée par l’inscription latine : « Anno Domini 1905-06 » Mais le plus grave est le saccage des cariatides du hall de la gare dont se réjouit le germanophobe Hansi, futur conservateur du musée Unterlinden de la Ville.

1920 : Seconde critique de la gare

« Tous les Français qui voyagent en Alsace connaissent les fameuses cariatides du hall de la gare de Colmar. Il serait difficile d’imaginer quelque chose de plus grotesque et de plus laid que ces bustes d’employés boches et de portefaix, coiffés de la casquette plate tenant en mains des tickets de chemin de fer des pinces de contrôleurs ou des colis.

Dès l’armistice, on se demandait ce qu’il, fallait faire de ces échantillons typiques de l’art germanique. Il y avait deux solutions possibles on pouvait supprimer simplement ces laideurs, ou bien, on pouvait les conserver, y ajouter une inscription qui dirait aux voyageurs que ces sculptures d’un goût déplorable avaient été laissées en place pour montrer aux générations futures à quelle perversion de goût le culte de la force avait conduit la nation germanique au début du vingtième siècle.

Mais l’administration des chemins de fer d’Alsace a trouve un troisième, moyen, au moins inattendu : elle a naturalisé, francisé l’œuvre du sculpteur, boche. Un beau jour l’on vit arriver un tailleur de pierres qui à  grands coups de maillet, se mit à arrondir les bords des casquettes plates, fit sauter les cocardes et les remplaça par l’insigne des employés français et écrivit sur la casquette du portefaix ou Dienstmann, le mot Commissionnaire. Ainsi, dans quelque cent ans, n’importe quel professeur de Germanie pourra, grâce à ces détails, nous prouver que ces horreurs sont d’authentiques œuvres d’art françaises.

Quant aux Alsaciens, ils sourient : ce képi remplaçant la casquette plate sur des têtes restées boches n’est-il pas tout un  programme et a-t-on procédé autrement pour transformer en fonctionnaires français certains gros bonnets des chemins de fer ? »

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