Critique de l’architecture messine

A PROPOS DE L’ARCHITECTURE MESSINE
A Metz, l’indigène compte pour presque rien. Les Allemands ont tout submergé, L’étranger, le passant qui ne visite que les alentours de la gare, le périmètre des nouveaux boulevards et les grandes rues marchandes, en conclut hativement que Metz est germanisé. Puis il reprend le train parce qu’il s’ennuie. Il n’a pas vu le coeur de Metz,
Oui, tout est blessant pour nous dans cette ville défigurée. On y souffre cruellement, on y ressent, à chaque minute, l’impression d’une douleur sourde, cuisante, irritante. Chaque visage charmant qui passe et vous regarde réveille en vous comme une affreuse honte. Le contraste est vraiment trop choquant entre cette population polie, fine, élégante, et les rustauds vainqueurs, dont la botte résonne sur le pavé; entre les vieux Messins, modestement logés dans des maisons sans falbalas, et les nouveaux Messins, parvenus insolents, bâtisseurs de palais, barbares triomphants…
Il est permis de douter que des boulevards, si larges qu’ils soient, bordés de maisons à six étages et de remblais de chemin de fer, égalent en salubrité le beau cercle de gazons, de grands arbres et d’eaux courantes que traçaient les remparts autour des cités…
Le divorce est complet entre l’ancienne architecture française de la place Saint-Thiébaut, par exemple, et les bâtisses colossales du boulevard Guillaume 1er. Les discrètes façades de jadis, les maisons à l’ordonnance, sobres et militaires, les murs gris du séminaire regardent avec stupeur les monstrueux hôtels modernes et les masques exubérants qui les décorent.
Deux villes sont en présence, elles n’ont entre elles aucun point de contact. L’une, martiale, sombre et touchante; l’autre, insolente et parvenue. Ici, des maisons volontairement austères, portant l’uniforme de la cité et l’empreinte d’une ville de guerre ; là des villas de marchands enrichis, des palais monumentaux, cosmopolites et multicolores, où les vieux Messins cherchent en vain la simplicité lorraine. Tel est Metz aujourd’hui…
source : La blessure mal fermée par Georges Ducrocq

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