MIN DORF par Onkel Jeannot (parodie)

Jean Jacques Léon Waltz dit Hansi, a été poursuivi à la veille de la guerre de 1914-18 par la justice impériale pour diffamation ainsi que pour son ouvrage germanophobe « Mon Village ». En France, on crie au scandale.

Waltz qui a un discours victimaire se plaint de la brutalité allemande et du manque de liberté dans un pays bien moins centralisé que la France.

Après la guerre de 1914/18, Waltz avouera à Robert Heitz « « Évidemment, je ne pourrais pas me permettre aujourd’hui ce que je faisais avant 1914. »

Si un certain Jeannot avait publié en 1924 un livre similaire « Min Dorf », il aurait été expulsé ou emprisonné dans les geôles de la République pour pangermanisme.

« Malgré l’évangile officiel, je maintiens que, sous bien des rapports, l’administration impériale (le régime constitutionnel n’est pas en cause ici) était plus libérale, plus tolérante et surtout moins mesquine que les 3e et 4e Républiques. Hansi lui-même, qui pourtant faisait figure de martyr de la brutalité allemande, un jour que je lui en parlais, ne put s’empêcher de reconnaître : « Évidemment, je ne pourrais pas me permettre aujourd’hui ce que je faisais avant 1914. »  (Robert Heitz : Souvenirs de jadis et de naguère, 1963, p. 80).

MIN DORF (parodie)

L’affreuse guerre et l’annexion cruelle ont bouleversé notre vie d’autrefois ; bien des vieilles coutumes ont disparu avec les habits de jadis. Et puis, chez nous comme ailleurs, l’industrie et les chemins de fer ont apporté la camelote française et d’horribles modes nouvelles.

Dans toute l’Alsace vous trouverez des enfants heureux de jouer au soldat feldgrau, de fiers jeunes gens qui ne veulent pas courber l’échine et de vieux braves tout glorieux d’avoir servi l’Empire… Partout aussi, malheureusement, vous rencontrerez le gendarme, un lourdaud de race étrangère, représentant et exécuteur de lois iniques et tracassières.

Ou bien les garçons jouent à la guerre, et régulièrement mettent en fuite l’ennemi, toujours représenté par les dix enfants du gendarme.

L’instituteur français un monsieur hautain et dur, avec un faux col en caoutchouc et une redingote de velours marron ; il ne parle qu’un français tourmenté et prétentieux ; il est le correspondant d’un journal français de Strasbourg ; il a toujours à la main une baguette et rosse tous les enfants, sauf les fils du gendarme : pour eux il est tout miel et tout sucre. Il croit tout savoir et pourtant dans sa classe on ne fait qu’apprendre et répéter à l’infini des chansons patriotiques.

Les garçons endossent un costume noir pareil à celui de papa, avec un beau gilet rouge — rouge comme un le drapeau alsacien.

Par malheur, un soir de janvier, le père Seppi voulut fêter, avec quelques amis, l’anniversaire de l’Empereur, une date que l’on défend de fêter en Alsace.

En France, c’est un crime horrible, et d’autant plus que le coupable avait servi dans un régiment de Zouaves comme 5700 engagés volontaires, et sans le faire exprès, bien sûr ! Un musicien français, de passage à l’auberge, courut prévenir le gendarme. Pour éviter des années de prison, Seppi passa la frontière. Mais il était encore soldat de réserve ; on le traita en déserteur ; on vendit ses champs et sa maisonnette.

Le peuple d’Alsace n’aime pas à se plaindre, et nulle part vous ne lui trouverez un air morne ou découragé. Mais quand on sait ce qui se cache, qu’on voit tant de familles accablées par la loi brutale du vainqueur, alors il vous semble qu’il y a des injustices trop criantes, des souffrances trop vives pour qu’elles soient éternelles.

Oui, c’est entendu, il n’y a plus de protestataires en Alsace ; les journaux français nous le répètent assez. Et l’on sait bien que si, par aventure, un des nôtres n’est pas content, l’agent du fisc, le procureur et le gendarme sont là pour lui fermer la bouche.

Les touristes français traversent le village de ce pas arrogant, de cet air dédaigneux et hautain que prennent les parvenus pour faire oublier d’où ils sortent. Parfois ils entrent à l’auberge du Canon, déballent d’étranges provisions — des andouillettes qui sentent l’étable et du fromage moisi qu’ils appellent délicatesses. Ils grognent sans cesse, et médisent de tout et de tous.

Pourtant il en arrive chaque jour de nouveaux, plus cocasses les uns que les autres, et les bons villageois regardent sans grande sympathie, mais avec un petit sourire indulgent, leurs silhouettes biscornues rompre l’harmonie de nos paysages…

Quelquefois des Allemands viennent nous rendre visite et c’est une grande joie pour tout le monde. Ils arrivent dans une belle automobile, accompagnés d’un monsieur fort aimable qui donne sur les costumes d’Alsace toutes sortes d’explications.

Les Allemands ne savent pas toujours bien sous quel régime nous vivons : un jour, une petite Berlinoise — on voit bien qu’elle ne connaît pas notre gendarme — m’a demandé pourquoi les fillettes d’Alsace épinglent à leur coiffe une cocarde tricolore, comme cela se fait, paraît-il, à Paris !

Puis les amis d’Allemagne prennent des photographies, on se dit adieu et surtout au revoir, et nous regardons avec envie l’automobile filer vers le pays de la liberté…

Il y a une autre fête qu’on voudrait bien nous voir célébrer avec autant de joie que nous en mettons à célébrer le Messti : c’est l’Armistice qui a lieu au mois de novembre. Au village, l’instituteur français a bien essayé d’organiser une cérémonie, avec une cantate patriotique, et, pour finir, un ennuyeux discours. Mais cela n’a pas réussi, et seuls, les enfants du gendarme ont repris en chœur la Marseillaise.

Et nous, quand nous arrivons devant le monument aux morts élevé sur cette terre où par deux fois les nôtres se sont battus contre l’envahisseur, alors une profonde colère nous étreint. Les prénoms de nos anciens ont été francisés.

Source : Mon Village par J.J. Waltz

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