1871-1918 : Kriegervereine (amicales patriotiques)

La traduction de Kriegerverein, « Club de Guerriers » laisse entendre ce sont des associations d’anciens combattants, ce qui n’est pas le cas des Alsaciens et Mosellans qui ont fait leur service militaire mais pas la guerre. Le Roman national raconte que les Kriegerverein sont des clubs paramilitaires exclusivement composés de vieux notables et de militaires venus d’outre-Rhin, et que les Alsaciens-Mosellans les boudaient.

Ce n’est pas l’avis de la presse suisse :

« On a beaucoup parlé ces derniers temps des Kriegervereine qui correspondent exactement aux sociétés militaires suisses, et qui n’ont jamais eu pour objectif la conquête de la France, ainsi que la presse parisienne a voulu le faire accroire à ses abonnés. L’article 2 de leurs statuts, approuvés par l’empereur, porte que ces sociétés ont pour but l’entretien d’une bonne camaraderie et les secours aux blessés en temps de guerre. Il faudrait être bien habile pour découvrir dans ce programme une menace à la France ».[1]

Le service militaire dans l’armée impériale

Le service militaire d’une durée de trois ans est un excellent moyen d’intégration. Les Alsaciens en gardent en général un bon souvenir. Ils s’entendaient très bien avec leurs voisins badois ainsi qu’avec les Bavarois.

Les familles modestes ne possèdent souvent que deux photos trônant sur le buffet de la Stube : celle du mariage et celle du père fier dans son uniforme feldgrau.

Les Alsaciens ayant fait des études au-delà de l’école primaire bénéficient de meilleures conditions : en s’engageant dans l’armée, au bout de six semaines de formation, après avoir prêté serment à l’Empereur, ils devenaient officiers. Cette situation donnait droit à de gros avantages : un an de service militaire, dispensé de corvées, ils logeaient en dehors de la caserne et avaient droit à une ordonnance. Les officiers étaient astreints à deux contrôles annuels. Tout naturellement, de retour à la vie civile, ils rejoignaient le Kriegerverein de leurs communes.

Kriegervereine

Pratiquement chaque localité du Land Elsaß-Lothringen avait son propre Kriegerverein. Elles font partie du tissu social et regroupent de nombreux membres, surtout dans les petites villes et la campagne. Les Kriegervereine entretenaient un esprit de camaraderie. Lors de guerres, des colis étaient envoyés aux Feldgrauen, une aide était accordée aux veuves.

Lors de la fondation du Kriegerverein, une cérémonie était organisée pour la remise du drapeau offert par l’Empereur. Lors de ces cérémonies, on constate de nombreuses Alsaciennes solennelles en coiffe, robes longues portant une écharpe tricolore (noir, blanc, rouge) qui contrastent avec les femmes déguisées en Alsaciennes des photos de propagande française.

Les Kriegervereine défilaient lors de l’anniversaire du Kaiser, accompagnaient en musique leurs membres défunts au cimetière, organisaient des fêtes. Les membres pouvaient y apprendre la musique.

Fahnenweihe / consécration du drapeau

Chaque association se devait de posséder son propre drapeau richement brodé. La consécration solennelle du drapeau était un moment important pour les associations. L’anniversaire de la consécration était fêté tous les ans. Les Alsaciens étant germanophones, ils continueront les Fahnenweihe après l’annexion française. Les inscriptions continueront à être brodées en allemand puisque la population est germanophone.

Sommerfest – Fêtes d’été familiales

Un moment fort de la vie associative en Alsace était l’organisation de la fête d’été, les Kriegervereine n’étaient pas en reste, comme en témoigne cette carte postale illustrant la fête du Kriegerverein de Schirmeck-Rothau de 1898.

Contrairement à ce que racontent le Roman national, les Kriegervereine regroupaient énormément de monde. En 1903, à Markirch[2] on dénombrait 226 membres. En 1894, le Kriegerverein de Colmar comportait 280 membres. À titre de comparaison, en 1948 la fédération des engagés volontaires de Colmar totalisait 229 membres, dont 123 Colmariens[3].

Après la guerre de 1914-18

Les Kriegervereine continueront d’exister sous le nom d’Union des Anciens Prisonniers de Guerre et Combattants Alsaciens et Lorrains. Les drapeaux impériaux sont proscrits. La France étant moins généreuse que l’Empereur, les associations doivent acheter leur drapeau bleu-blanc-rouge. En 1934, la section de Molsheim demande une subvention au département pour organiser sa consécration du drapeau Fahnenweihe.[4]

„Ich beehre mich, Ihnen zur Entscheidung, ein Gesuch der Union des Anciens Prisonniers de Guerre et Combattants Alsaciens et Lorrains zu unterbreiten, durch welches um eine départementale Subvention zur Organisation ihrer Fahnenweihe gebeten wird“.


[1] Gazette de Lausanne – 11/07/1887

[2] Aujourd’hui : Sainte-Marie-aux-Mines

[3] Archives personnelles

[4] Rapports et délibérations / Conseil général du Bas-Rhin. 1934.

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