Cette image de propagande est trompeuse. Elle fait l’amalgame entre les citoyens du Land Elsaß-Lothringen et les habitants de la Lorraine française.
Ce chiffre est celui du recensement de la Fédération des Engagés volontaires de Nancy, paru dans leur annuaire en 1923. Ces engagés sont principalement des Lorrains français du département de la Meurthe ainsi que quelques fils d’émigrés alsaciens.
Alsaciens-Lorrains dans l’armée française
Environ 8000 Alsaciens-Lorrains-Allemands ont porté l’uniforme français durant la guerre de 1914/18. Moins de 1500 y ont perdu la vie. (Source : Livre d’or du Ministère des pensions).
On dénombre trois profils de militaires
- Des anciens Alsaciens-Lorrains-Allemands de 25/50 ans, militaires de carrière, engagés avant la guerre dans la Légion-étrangère. Ils ne sont pas considérés comme engagés volontaires par le Gouvernement, sauf en cas de ré-engagement pour la durée de la guerre.
- Des fils d’émigrés alsaciens, naturalisés français, âgés de 18 à 48 ans, mobilisés durant la guerre de 14/18 dans leurs villes de résidence. (Matricule au recrutement – numéro – ville)
- Quelques centaines d’engagés volontaires alsaciens-lorrains pour la durée de la guerre.
La convention de La Haye du 18 octobre 1907, reconnue par la France en 1910, devenue loi en 1916, interdit à tout belligérant d’obliger les ressortissants du pays adverse à se battre contre ce dernier.

De ce fait, les citoyens du Land Elsaß-Lothringen engagés de gré ou de force dans l’armée française n’avaient pas le droit de participer aux combats sanglants durant la guerre de 1914/18.
La Convention de La-Haye était peu respectée, pour les officiers français, les Alsaciens-Lorrains étaient des Boches. De nombreux Alsaciens-Lorrains se sont fait gruger. Les officiers-recruteurs les poussaient à prendre un patronyme français, qui serait une protection en cas où ils seraient faits prisonniers. Ils n’avaient aucune chance d’être pris pour des Français et risquaient de se faire fusiller. La plupart des Alsaciens-Lorrains étaient envoyés au front se battre contre leurs compatriotes, pour économiser les Poilus.
Profitant du fait que les Alsaciens-Lorrains ne comprenaient pas le français, certains officiers peu scrupuleux leur ont fait signer des engagements dans des régiments combattant en France.
En février 1928, un zouave fusillé par l’armée française a été réhabilité.

Afin d’échapper à la conscription, les fils d’émigrés Alsaciens-Lorrains nés en France, ont, à l’âge de 18 ans, la possibilité de renier la nationalité française qu’ils perdront définitivement.[2] Beaucoup en profiteront pour échapper à la guerre.


Le siège de la fédération des engagés volontaires alsaciens-lorrains se trouvait à Nancy. L’association regroupait principalement des Lorrains français et quelques fils d’émigrés d’origine alsacienne et mosellane.
Ces engagés volontaires n’étaient pas des héros pour autant. La meilleure façon d’échapper à la guerre était de s’engager dans les Zouaves, la Légion étrangère ou l’artillerie qui étaient éloignées du front. Il était primordial d’éviter l’infanterie qui subissait d’énormes pertes au front. De plus, les engagés volontaires touchaient une bonne prime.
Ces planqués étaient critiqués tant par les patriotes et mutilés du journal « l’Ancien combattant de Nancy » que par les humoristes français.
Qu’importe, la propagande française en a fait des héros. Il fallait pour faire oublier les 380 000 Alsaciens-Lorrains combattants dans l’armée impériale.
[1] 3 août 1914 : Par décret, les étrangers sont autorisés à s’engager dans l’armée française.
[2] 26 août 1914 : Ouverture des listes d’engagements pour les étrangers s’ils sont nés en France, ils sont français mais peuvent renier cette nationalité lors de leurs 18 ans, ce que feront un certain nombre pour ne pas être Poilu.
Durant la guerre de 1939/45, l’Alsace-Moselle sera annexée par les nazis, les hommes en âge de combattre seront incorporés de force et envoyés sur le front russe. Quelques milliers d’Alsaciens-Mosellans rejoindront les forces libres en Afrique. Seuls les engagés volontaires alsaciens-mosellans de la dernière guerre sont de vrais héros.

Un de mes grand-pères originaire de Vieux-Thann, déporté en France en 1914, a été obligé de s’engager à 20 ans « au titre de la Légion étrangère » et versé dans l’artillerie lourde. Il a fini la guerre comme interprète à l’Etat-major…