Turenne, héros ou criminel de guerre ?

2019.01.13 dna
Dernières Nouvelles d’Alsace du 13/01/2019 – PH.M.

La vraie place de Turenne selon Moritz Gerber

Moritz Gerber attaque sabre au clair la légende de Turenne loin d’être un monument d’héroïsme pour l’historien régionaliste. Il parle de « rétablir la vérité historique » dans son ouvrage Turenne, héros ? ou criminel de guerre ?

La réponse est bien évidemment dans la question. Héros ou criminel de guerre ? Moritz Gerber coche la deux. Le glorieux maréchal a sa statue à Turckheim, sa rue à Colmar, ses places un peu partout en France de l’intérieur et le Colmarien féru de généalogie suit la chevauchée d’Henri de Turenne à travers l’Alsace. Grande figure de la geste nationale pour les manuels scolaires du siècle dernier, le cavalier se fait sabrer par l’historien local : « On nous a enseigné l’Histoire de France avec de fausses idées », sanctionne le correcteur.

Il dit s’être livré à une « enquête policière », comme lancé sur la piste d’un tueur en série. Et des victimes, le dernier quart du XVIIe siècle n’en a pas été avare : « Durant la guerre de Trente ans, la moitié de la population a disparu, recense Moritz Gerber, 80 villages alsaciens ont été rayés de la carte ». Alors pour ce qui est de voir en Turenne, le libérateur de Turckheim… Et de là à ériger un monument à sa gloire sur les lieux mêmes de ses exactions… Pour le régionaliste, c’est comme si Nantes élevait une statue à Carrier.

A l’auberge, place des Six-Montagnes-Noires

Moritz Gerber détaille au jour le jour les pérégrinations de l’héritier de la Tour d’Auvergne dans le Grand Est, terrain de guerre favori. Lui aussi, à sa manière, est un pourfendeur du Grand Est, «comme 84% des Alsaciens», précise-t-il.

Ainsi au 5 janvier 1675, on trouve : bataille de Turckheim. C’est vite dit, les Allemands, corrige l’auteur parle de « rencontre ». L’affrontement commence en début d’après-midi et se termine à la nuit tombante. Pas plus tard ? Non : « N’y voyant plus rien, les deux armées se retirent, écrit l’historien colmarien, chacune s’attribuant la victoire ».

N’empêche, ce que certains témoins appellent « escarmouche », aura été sanglant : « Il y périt du monde de part et d’autre ». Dans la nuit, les Impériaux évacuent Colmar et le lendemain le maréchal y fait son entrée, assiste à la messe des Dominicains puis prend ses aises « dans la meilleure auberge de Colmar « Zum Schwarzen Berg », place des Six-Montagnes-Noires ».

La « mascarade » signée l’Action Française

Pour Moritz Gerber, « plus que la bataille, l’événement important à retenir est le massacre et le viol d’une partie de la population ». Alors, un monument… Son érection relève selon l’auteur de la mascarade : « Le siège de l’Action Française en Alsace était alors à Turckheim, c’est l’Action Française qui a organisé cette mascarade en 1932, 500 Bâlois ont été amenés à Turckheim pour jouer les figurants ».

Quant au galopeur intrépide, l’auteur précise son moyen de transport favori : « Il voyageait en carrosse ». Et avant de crouler sous les honneurs royaux, le maréchal aura retourné sa cuirasse, quittant le camp des Provinces-Unies, abjurant son calvinisme. La cuirasse sera d’ailleurs cabossée par un boulet en 1675 à Sasbach, son porteur passera dans l’autre monde et sera inhumé dans la basilique de Saint-Denis, en people compagnie, avec les rois de France et le connétable Du Guesclin.

Moritz Gerber s’est « sérieusement » penché sur le cas Turenne il y a trois ans : « Un de mes amis m’a dit que je suis un « Turennicide ». Il parle simplement de « rétablir la vérité historique ». Et n’en a pas fini avec l’histoire de l’Alsace, un autre ouvrage étant en préparation.

TURENNE COUVERTURE

Turenne, héros ? ou criminel de guerre ? , Moritz Gerber, édition Yoran, 174 pages, 13 euros.

 

Un commentaire sur “Turenne, héros ou criminel de guerre ?

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  1. la notion mème de régionalisme entérine le roman national dont Turenne fait partie comme Turreau dont le nom est gravé sur l’arc de triomphe.
    Et que dire de ce qui se passe encore dans les « tom et dom » où les cultures locales sont considérées comme les mauvaises herbes de la république.
    Une mauvaise herbe que cette petite fleur qu’on appelle pensée ?

    Merci de ne pas flancher.

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