« L’Alsace reconquise » est un mythe du Roman national. Durant la guerre de 1914/18, malgré de nombreux bombardements, l’armée française n’a jamais réussi à s’accaparer de l’Alsace. Elle devra attendre l’armistice et le départ de l’armée impériale allemande pour pouvoir envahir l’Alsace, devenue République indépendante le 11 novembre 1918. Le Roman national parle de libération. Quelle libération ?
Dans ses nombreux dessins patriotiques, Gaston Maréchal remplace les personnages par des enfants. Le message est clair, les Alsaciens sont des Français. Comme la presse française et tous ses confrères, il fait l’impasse sur le fait que depuis toujours, la langue maternelle des Alsaciens est l’allemand. Les soldats français qui se réjouissaient de séduire les Alsaciennes, seront surpris d’occuper un pays étranger dont ils ne comprennent pas la langue.
Gaston Maréchaux, (1872-1936) est un illustrateur de livres pour enfants, mais son fond de commerce est la guerre de 1914/18. Par ses sympathiques dessins, il raconte une Histoire mensongère de l’Alsace. Après l’Armistice, il édite une série de cartes postales « En Alsace reconquise ». On y trouve tous les clichés du genre : Alsaciens germanophobes, tombe de Poilus alsaciens ainsi que les inévitables cocardes tricolores. Maréchaux s’est trompé, il a affublé les coiffes alsaciennes de cocardes anglaises rouge-blanc-bleu.

L’image représente une famille alsacienne devant la tombe d’un soldat français. Le Poilu alsacien se battant contre sa patrie allemande est une exception. La plupart des Alsaciens engagés dans l’armée française ont passé la guerre dans les colonies. (La convention de La Haye du 18 octobre 1907, reconnue par la France en 1910, interdit à tout belligérant d’obliger les ressortissants du pays adverse à se battre contre ce dernier).

La scène est bien vue, elle représente bien le sans-gène des Poilus et les tensions générés par l’occupation française. Les Poilus s’estimaient légitimes propriétaires des Alsaciennes considérées comme prises de guerre. Ils ne comprenaient pas qu’elles soient germanophones. De nombreuses bagarres éclataient dans les cafés parce que les Poilus traitaient les Alsaciens de Boches. La police militaire devait régulièrement intervenir. Des parents disaient à leurs filles « Si tu vas voir les soldats, tu es une putain, tu ne remets plus les pieds à la maison ! »

Les vilains oiseaux qui bombardaient l’Alsace durant la guerre étaient français. La ville de Colmar a été bombardée 46 fois. Quand un aviateur était abattu, ses camarades effectuaient des vols de représailles sur la population civile. Les cocardes tricolores des enfants sont anglaises.

Parce que mon papa ne pourra plus les voir partir…
Qui est l’envahisseur ? Dès son arrivée, l’armée française impose une dictature militaire. Près de 100.000 Alsaciens-Mosellans ont été expulsés, manu-militari, tous leurs biens ont été saisis. Des familles ont été séparées. Ces actes barbares étaient interdits par la Convention d’Armistice signée par la France le 11 novembre 1918.

Les costumes traditionnels seraient-ils de mauvais goût ?
Les Révolutionnaires, en leur temps avaient sommé la population de quitter leurs mœurs et leurs habits allemands.

