8/12/1918 : Expulsion de familles colmariennes (témoignage)

Une des rares sources fiables concernant la guerre de 1914/18 à Colmar est le journal rédigé en allemand, d’Elisa Esther Lévy. Au fil de près de 1800 pages, elle raconte les difficultés des habitants, les pénuries et, les mesquineries de l’administration mais aussi les bombardements de la population civile par l’aviation française. Bien que francophile, Elisa Levy dérange, parce qu’elle ne supporte pas les injustices faites aux Allemands. Souvent utilisé, son journal est tabou. Certains auteurs préfèrent donner comme source difficilement vérifiable l’Elsässer Kurier.

Les premières expulsions par l’armée française, concernent de riches familles colmariennes, pour la plupart juives, domiciliées au quartier impérial. Elles ne sont prévenues que vingt-quatre heures auparavant et doivent se rendre au proche Cercle saint-Martin. Tous leurs biens sont saisis, à part quelques marks et 30 kilos de bagages.

Les mouvements d’extrême-droite sont également prévenus pour semer la pagaille, les mêmes qui ont saccagé une dizaines de commerces juifs colmariens lors de l’arrivée de l’armée d’occupation française. Pour mémoire, la Convention d’Armistice signée par la France, interdisait d’expulser des civils et de s’en prendre à leurs biens.

Autant la soirée festive était magnifique et sublime, autant la journée d’aujourd’hui était profondément triste. En guise de titre, on pourrait écrire : « Pourquoi les gens se détestent-ils autant ? » La plupart du temps, je ne peux désigner comme cause que la dictature militaire inhumaine qui a sévi en Alsace pendant la guerre. Maintenant que les habitants sont libérés, leur indignation et leur haine ne connaissent plus de limites. Malheureusement, des innocents doivent en souffrir.

Vers 11h30, je me suis rendu à la maison des associations catholiques sur le St Peterwall. (Cercle Saint-Martin). Quand je suis arrivée, il y avait déjà beaucoup de monde. On attendait en effet les expulsés, des Altdeutsche qui avaient quelque chose à se reprocher. Il y en avait une quarantaine de convoqués. Dès qu’ils apparaissaient, ils étaient accueillis par la populace avec des insultes. Les gens avaient l’air pâles et agressés. Certaines dames étaient habillées à l’ancienne. Si la situation n’avait pas été si triste, on aurait pu sourire. Mais aujourd’hui, mon cœur s’est serré.

Cinq camions étaient prêts à partir. Les bagages ont été fouillés, ainsi que les sacs. Vers deux heures, on « montait », c’est-à-dire qu’on plaçait une échelle contre le plateau, et les voyageurs pouvaient ainsi monter.

J’ai reconnu le président du Sénat Levy avec sa femme et sa fille, l’avocat Kiefer et sa femme, Monsieur Schön et sa femme, l’enseignant Stüffel, un espion qui m’a dénoncé en 1914 comme ayant préféré les Français aux Allemands pour la distribution de dons d’amour, ce qui était une grosse calomnie. Je ne sais pas qui l’a expulsé, je n’ai pris aucune mesure contre personne. On s’est particulièrement moqué de Madame l’avocate K… qui marchait au bras de sa mère à travers la foule excitée et fanatisée. En effet, c’est une démarche amère pour une mère que de conduire son enfant à l’exil à travers un feu croisé. Monsieur et Madame K… seraient responsables de l’exil de l’avocat, B… ce qui n’est pas vrai. A la porte de la cour de la maison de l’association catholique, Madame M… a dit s’est adressée à M. B. d’un ton agité : « Vous êtes responsable du malheur de mon enfant ! ». J’ai entendu les mots « Si vous ne vous taisez pas, vous devez aussi partir ! ». J’étais indignée par ces paroles. Pour un homme cultivé, ils étaient déplacés, mais à l’heure actuelle, ce n’était pas le calme, le discernement et la raison qui prévalaient, mais seulement des sentiments de vengeance, que ce soit contre les Alsaciens ou les Altdeutsche. Mme M…, cette mère douloureuse, a dû être profondément touchée par les paroles qui lui ont été adressées. Elle était la fille d’un maire français qui avait reçu de Gambetta une lettre pleine d’éloges pour ses idées républicaines. M. B… était un officier de réserve allemand.

Parmi les personnes expulsées se trouvait Mme Diefenbach, épouse de l’ancien maire de Colmar.

Une fois les expulsés montés à bord, les camions prennent les rues de Rufach, des Clés et Vauban en direction de Horburg et le Rhin. Ils s’arrêtent à Alt-Breisach. Derrière le camion, la foule excitée courait en criant : « Boches, noch nüss ! » (Dehors les Boches) Pas un mot de regret n’a été entendu. Lorsque j’ai fait remarquer qu’il ne fallait pas rendre le mal pour le mal et que les gens m’attendaient, j’ai reçu la réponse suivante : « Nous avons voulu avancer le 15 novembre avec une voiture et nous devions rentrer chez nous. Ils ont encore conduit des voitures et ont fait encore plus de dégâts qu’ils n’en avaient prévu ». C’est tout à fait vrai en ce qui concerne l’évacuation de la Haute-Alsace. J’ai déjà mentionné ce qu’une jeune dame m’a dit avoir en main les actes selon lesquels chaque Alsacien devant quitter son pays : ne pouvait emporter que 30 kg. J’ai promis à cette dame 100 marks si elle me prévenait à temps pour que je ne me rende pas dans la lande de Lunebourg, qui devait être la destination du voyage. L’Alsace devait être germanisée, c’est-à-dire qu’elle devait être entièrement peuplée de vieux Allemands. Même le prince Henri a dit à un officier de marine de Münster : « L’Alsace doit être purifiée. Mais premièrement, il en va autrement, deuxièmement, on ne le pense pas. — Revenons aux expulsés. Ce que ces malheureux ont fait dans les cases du Loterie, m’échappe. Nous avions dans le pays des Allemands qui avaient gravement péché contre les Alsaciens, mais ils avaient déjà pris la fuite depuis longtemps. La plus terrible des terreurs, c’est l’homme dans son délire » c’est-à-dire lorsqu’il perd la raison et l’esprit et ne se laisse guider que par de bas instincts.

2 commentaires

  1. RENTREZ LEUR DEDANS, CES MENTEURS, CES FALSIFICATEURS, QUI ONT ABUSE DE NOTRE CREDULITE, et de notre honnêteté intellectuelle. Ils seront jugés et jetés en prison.

    Louis MELENNEC

    (RELU par Jean-Claude Le Ruyet, linguiste)

    ]

    LE PÈRE MAUNOIR et la réforme de la langue bretonne (1606 – 1683).

    (À Jean-Luc Mélenchon, grand penseur socyalyste, qui a tant fait pour la langue bretonne, et

    pour les écoles DIWAN, qualifiées par lui de « sectes ».

    Louis Mélennec à ce Cher Jean-Luc,

    Vous nous avez honoré, maintes fois, d’épithètes flatteuses.

    Nous n’avons ni langue, ni grammaire, ni poésie, entre autres choses.

    Surtout : « le breton est la langue de la collaboration » (sic!)

    Sachez que notre langue était déjà parlée avant le Christ, la vôtre guère avant le 11ème siècle,

    et encore !

    Nous savons que vous êtes en cours de rééducation, dans tous les Domaines. Considérez, cher Jean-Loup, que ceci est une aide pour que vous accédiez enfin à la connaissance.

    Voici un court exposé sur l’œuvre de l’un de nos linguistes, le père Maunoir.

    Bien à vous ». Votre ami Louis, dit le bon docteur. (12 octobre 2021).

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    AVERTISSEMENT : Lecteur, pendant vingt ans, Louis Mélennec a été inscrit sur une liste noire, pour un crime absolu : avoir dit la vérité. La France est en train de dépasser les peu ragoûtantes méthodes chinoises de censure. Copiez donc ses écrits, surtout sur la France pays des doigts de l’homme, un pays peuplé de braves gens, mais qui ont souvent été gouvernés par des criminels et par des menteurs.

    ARTICLE PREMIER.

    La langue bretonne, comme toutes les autres langues, a beaucoup évolué depuis les origines. Les linguistes, par convention, distinguent plusieurs phases dans cette évolution. Au brittonique, langue parlée dans le sud de l’Angleterre et le pays de Galles, au cours des premiers siècles de notre ère, avant les émigrations des Bretons en Armorique, a succédé ce que l’on dénomme – par convention -, le vieux breton, parlé en Bretagne continentale du 5ème au onzième siècle ; lui succède le moyen breton, parlé en Bretagne du 12ème siècle à 1650. Les réformes linguistiques du père Manoir, à partir de 1640, inaugurent une nouvelle

    période, celle du breton moderne. (1)
    La Bretagne réussit à maintenir son économie à flot jusqu’à l’arrivée de Louis XIV au pouvoir, en 1661. C’est au 17ème siècle seulement que le breton, langue populaire – sans prestige, il est vrai -, subit un réveil, après une longue somnolence, et la quasi absence de production littéraire. La littérature écrite de cette époque est surtout mise au service des pratiques religieuses, notamment de catéchisation et de prêche. La Bretagne, si riche en productions artistiques de toutes natures, aurait produit un patrimoine littéraire abondant, si la cour ducale et les grands seigneurs avaient été en situation de commanditer des œuvres en rapport avec la prospérité du duché, qui est encore importante jusqu’à l’appropriation du pouvoir par Louis XIV, en 1661. Les cours d’Italie et d’Allemagne, qui peuvent dans une large mesure être comparées à la cour ducale de Bretagne (Milan, Gênes, Florence, Venise …) – mais en plus petit pour certaines d’entre elles, comme Mantoue, Ferrare, Urbino – ont produit des richesses artistiques étonnantes longtemps encore.
    Le père Julien Maunoir, (1606 -1683) laisse un nom célèbre en Bretagne. Maunoir appartient à l’ordre des Jésuites, créé par Ignace de Loyola, en 1539, et approuvée par le pape Paul III en 1540. Sa vocation est de se mettre au service de l’Église catholique, avec une obéissance particulière au pape pour les missions étrangères, dans lesquelles ils vont particulièrement s’illustrer. Ils se mettent au service de l’évangélisation, de l’éducation, de la justice sociale. Leur but est d’attirer le plus grand nombre de personnes à la religion catholique, pour leur salut, en utilisant les moyens les plus efficaces pour ce faire. Ils sont censés fuir les honneurs (ce qui est une illusion absolue dans l’espèce humaine !). Très habiles dans leurs entreprises, ils obtiennent de grands succès dans de nombreux domaines, pas seulement en Europe. On les trouve au Canada, au Brésil, en Chine, au Japon, en Amérique latine. Partout, par leur savoir-faire, ils deviennent importants, et apparaissent comme des menaces à l’égard des pouvoirs établis. Leur puissance, leur appétit du pouvoir, leur soumission au pape de Rome, créent des difficultés sérieuses, d’autant qu’ils pratiquent une sorte de « faire semblant », laissant accroire à leurs interlocuteurs qu’ils partagent leurs convictions, là où il s’agit d’attendre le moment opportun pour triompher : une sorte de takia, c’est-à-dire d’une habileté qui s’apparente à l’hypocrisie, mieux : au mensonge.
    Maunoir nait en Bretagne, près de Rennes, en 1606 à Saint-Georges- de-Reintembault, à la limite de la Normandie, dans une campagne dans laquelle on ne parle pas le breton, entre Avranches et Fougères. Il fait ses études au collège des jésuites de Rennes. Après avoir enseigné au collège de La Flèche, il professe au collège de Quimper à partir de 1630, puis à partir de 1640. Il se croit destiné à l’évangélisation des populations indiennes du Canada. Mais le père Michel Le Nobletz (1577-1652), Breton de souche, tente de le convaincre qu’il y a mieux à faire en Bretagne. Nobletz a une grande expérience en matière de catéchèse ; il a développé dans la région de Douarnenez l’usage des « cartes » de mission trilingues (latin, français, breton, voir Roudaut, Croix, Broudic, 1988), et a composé des cantiques en breton. Dans la chapelle de Ti-Mamm-Doue, à Kerfeunteun près de Quimper, Maunoir reçoit, selon son biographe, une illumination ; il se croyait destiné à l’évangélisation des Indiens, mais il réalise que sa vraie place est en Bretagne. Après sa mutation au collège de Tours, il revient à Quimper en 1640, où il reste jusqu’à sa mort en 1683, développant, dans toute la Bretagne, une activité inlassable, pendant 43 ans, de prédicateur en langue bretonne. Il y effectuera 439 missions, en 43 ans, surtout en Cornouaille, dans le diocèse de Quimper.

    L’évolution générale de la langue bretonne qui va suivre est marquée par les publications de Julien Maunoir (1606-1683). Son but, en l’écrivant à sa manière, n’est pas de combattre la langue française, ni de « purifier » la langue bretonne de ses scories françaises – le français est une langue impure -, ou de la rendre plus littéraire, comme le feront les réformateurs du 18ème et du 19ème siècle, en particulier Le Gonidec, La Villemarqué, Louis Némo (Roparz Hémon), ou de susciter une littérature telle que celle qui s’épanouit alors en France, à partir de cette époque, et produit alors des chefs d’œuvre nombreux, sous les plumes de Corneille, Racine, Molière et autres – fortement encouragés et soutenus par les finances royales. Il s’agit, pour Maunoir, d’élaborer un outil linguistique pour rendre efficace l’enseignement de la religion aux populations dont on lui a donné la charge. C’est un instrument au service de Dieu, pas encore de la Bretagne ni de sa culture.

    À cette époque, le pays, annexé en 1532, est devenu une quasi-colonie française; ses ambitions européennes sont en sommeil, et même abolies. En dépit de la main de fer avec laquelle on les gouverne, les Bretons, écrasés par le régime de Louis XIV, n’envisagent plus de se libérer de la monarchie française. Ne parlant pas le breton, Maunoir est contraint de l’apprendre – ce qui, dit Morvannou, avec humour, explique que ce grand réformateur fasse des fautes de breton ! Selon la légende, il l’aurait appris en une seule nuit, par un miracle, dans la chapelle de Ti-Mamm-Doué, près de Quimper (la chapelle dédiée à Marie, mère de Dieu). Un vitrail de la cathédrale de Quimper représente Maunoir à genoux devant un ange, qui lui fait don miraculeux de la langue bretonne en posant un doigt sur sa langue. Belle légende, qu’on n’a guère démentie au pays des miracles – à preuve la confection de ce vitrail -, mais qui est fausse, et qui ne le dispense aucunement d’assimiler la langue, par des méthodes plus « classiques », comme tout le monde. C’est mieux que la méthode «Assimil » ! Très doué, il la maîtrise rapidement, et est capable de prêcher et de catéchiser en un temps record.

    Le Catholicon, dictionnaire trilingue est sorti des presses un siècle et demi plus tôt, en 1499, à Tréguier, bien avant les dictionnaires français. La littérature écrite en breton existe. Les publications en breton dans ce territoire relativement exigu, ne manquent pas : vies des saints, catéchismes, prières, cantiques ….. tant en vers qu’en prose (Le Menn énumère une liste impressionnante d’ouvrages de cette époque). Les imprimeries se sont multipliées depuis leur introduction en Bretagne.

    II – ARTICLE DEUXIEME. (A suivre sur la toile).

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