Le Roman national raconte que durant la guerre de 1914/18, par peur des desertions, pratiquement tous les Alsaciens ont été envoyés sur le front russe. En réalité, près de 70% des décès ont eu lieu lors de combats en France et en Belgique. Il est difficile de raconter que les Alsaciens et les Français se sont entretués durant la première guerre mondiale.
Nos ancêtres Feldgrauen ont pour la plupart servi fidèlement l’Empire leur patrie. Beaucoup ont immortalisé cette période de leur vie chez le photographe, en posant fièrement dans leur uniforme. Hélas, la plupart des portraits de nos anciens ont disparu, confisqués à leur retour en Alsace, ou détruits par leurs descendants après la dernière guerre. Les Archives d’Alsace sont à la recherche de photos de nos anciens Feldgrauen
Histoire de Heinrich

Heinrich, né en 1894 effectue son service militaire dans l’armée impériale en 1912. Les meilleurs copains des Alsaciens sont les Bavarois qui ont tous du mal à supporter le caractère des Prussiens.
Son service militaire se passe sans souci, à part un séjour en prison pour avoir peint de nuit la boite aux lettres de la caserne en bleu-blanc-rouge. Heinrich n’est pas francophile mais contestataire. Tous les Alsaciens du régiment sont enfermés puis relâchés parce que la boite aux lettres a de nouveau changé de couleurs. Les Bavarois ont pris la relève.
Guerre de 1914/18
Heinrich est muté dans la Marine impériale austro-hongroise dans la flottille sur le Danube : Motorbootflottille a.d. Donau. Cette unité a une fonction de garde-côtes et ne participe donc pas à des combats militaires.
La vie de garde-côte a ses bons côtés. Pour améliorer l’ordinaire, Heinrich, piège les jeunes corbeaux dans les îles du Danube. Un officier attiré par l’odeur du repas demande d’où viennent ces pigeons. A partir du lendemain, la mission de Heinrich, aidé de deux copains, est de dénicher des pigeons pour la cantine des officiers.
Au bout de huit jours Heinrich est dénoncé par l’un des deux copains et emprisonné pour avoir fait manger des corbeaux aux officiers. Il est libéré le lendemain avec ordre de retourner dans les îles chercher des « pigeons ».
En 1917, Heinrich est chauffeur dans un bataillon d’infanterie. En juin, il est hospitalisé dans un lazaret. Il se piquait le talon et y introduisait un cheveu qui provoquait de fortes fièvres.

Heinrich a déserté deux fois, la première fois il a été arrêté chez lui, la deuxième à son arrivée à la gare de Colmar et renvoyé dans son unité où il a reçu une sévère correction. En Allemagne, les déserteurs n’étaient pas fusillés, la vie d’un homme coûtait trop cher pour la gaspiller.
Heinrich a de la chance, tout comme son frère Eugen, il est rentré sain et sauf en Alsace. Il était heureux de n’avoir tué personne. Son gros regret : l’issue du conflit. Il disait que si la Marine impériale ne s’était pas révoltée, l’Allemagne aurait gagné la guerre.
Les deux frères ont eu la désagréable surprise de voir les prénoms de leurs copains francisés sur le Monument aux Morts de la commune ainsi que l’exige le nouveau gouvernement. On ne respecte même pas ceux qui ont donné leur vie à leur patrie.
En 1922, Heinrich se marie avec une Allemande, leurs prénoms sont francisés. Absurdité du système : leurs enfants naissent allemands mais portent obligatoirement un prénom français. Comme de très nombreux Alsaciens issus de couples mixtes, ils seront naturalisés d’office en vertu de la loi du 10 août 1927.
Il y avait trop d’Allemands en Alsace.

Le roman national Allemand a aussi des failles entre les prussiens et les bavarois , semble-t-il.
Les colonisés africains rencontrent encore le même genre de problème, la francisation des prénoms, ou christianisation selon certains. C’est qu’en fait on a le droit à des prénoms d’état civil ET des prénoms d’usage.