1870 : La population strasbourgeoise otage du général français Uhrich

Le général Uhrich, voulant terminer sa carrière militaire en apothéose, a repris du service comme gouverneur militaire de Strasbourg. Il n’a aucune compassion pour la population civile prise en otage durant 45 jours. Commandant des débris de régiments ayant fui les batailles de Weissenburg et Woerth, armé de canons obsolètes il a laissé bombarder la ville durant 45 jours, au mépris de la population strasbourgeoise. Après sa reddition, Uhrich a eu des remontrances du Gouvernement français, il aurait dû résister, quitte à laisser un champ de ruines empli de cadavres.

Après le traité de Francfort du 26 février 1871 qui rétrocède l’Alsace à l’Empire, la France ne cessera de pleurer « ses enfants perdus ». En 1919, une rue de Straßburg lui sera dédiée.

17 juillet 1870 : Jean-Jacques Uhrich est nommé Gouverneur militaire de Straßburg.

Uhrich, âgé de 68 ans, conseiller général du canton de Phalsbourg, général à la retraite reprend du service et remplace le général Ducrot nommé commandant de la 1re division du 1er Corps d’Armée.

19 juillet 1870 : DÉCLARATION DE GUERRE DE LA FRANCE À LA PRUSSE  

21 juillet 1870 : Message du général Ducrot à Guerre – Paris.

« Demain il y aura à peine 50 hommes pour garder la place de Neuf-Brisach, et Fort-Mortier, Schlestadt, la Petite-Pierre et Lichtenberg sont également dégarnis. C’est la conséquence des ordres que nous exécutons. Il serait facile de trouver des ressources dans la garde nationale mobile et dans la garde nationale sédentaire, mais je me crois autorisé à ne rien faire puisque Votre Excellence ne m’a donné aucun pouvoir. Il paraît positif que les Prussiens soient déjà maîtres de tous les défilés de la Forêt-Noire ».[1]

 21 juillet 1870 : Message du général Michel à Guerre – Paris.

« Suis arrivé à Belfort ; pas trouvé ma brigade ; pas trouvé mon général de division. Que dois-je faire ?  Sais pas où sont mes régiments ».

 29 juillet 1870 : Arrêté préfectoral du baron Pron.

Les strasbourgeois sont invités à s’inscrire sur la liste de la Garde nationale.

1er août au 28 septembre 1870 : Siège de Strasbourg

C’est une des dernières batailles à l’ancienne. La ville de Straßburg est entourée de solides fortifications, l’accès se fait par des portes fermées de ponts-levis. La muraille est obsolète parce que l’armement moderne permet de bombarder le centre- ville à plusieurs kilomètres de distance. 80.000 habitants sont pris en otages. 70.000 strasbourgeois, 10.000 réfugiés des bourgs alentours & 11.000 militaires.

 La Ville est à la merci de deux généraux bornés : von Werder & Uhrich.

Le général prussien August von Werder, et ses 60.000 soldats originaires du pays de Bade et du Württemberg encerclent Straßburg. Ils sont armés des meilleurs canons Krupp. Von Werder a le choix : soit bombarder la ville, soit attendre la reddition des Français suite à l’épuisement des munitions et des provisions.
La Ville est défendue par Jean-Jacques Uhrich, général à la retraite, âgé de 68 ans, à la tête d’une garnison improvisée de débris de plusieurs régiments faiblement armés de matériel obsolète (Le 87ème de ligne et des débris de plusieurs régiments) ainsi que par des fuyards échappés des combats du Nord de l’Alsace. Comptant sur l’épaisseur des fortifications, Ulrich n’a rien fait pour protéger la ville : dégager les abords immédiats, abattre les rangées d’arbres susceptibles de cacher l’ennemi ou garnir les murailles d’artillerie.[2]
« Il y avait sans doute à l’arsenal des centaines de vieilles pièces à âme lisse, mais jamais il n’y eut plus de 240 canons en batterie, et encore ils étaient de 14 calibres différents, depuis les petits canons de 24 jusqu’à de petits obusiers de montagne ».[3]
La puissance des deux armées est inégale, Uhrich n’a aucune chance de vaincre.
L’armée prussienne est équipée de canons modernes Krupps se chargeant par la culasse, l’armée française ne possède que des canons obsolètes se chargeant par l’ouverture du canon. Par son arrogance et son mépris de la population, Uhrich laissera les Prussiens bombarder la ville de Straßburg durant plusieurs semaines. Le tiers de la ville sera détruite, la bibliothèque incendiée, la cathédrale abimée.

Le maire Théodore Humann est responsable de la destruction des livres de la bibliothèque de la ville. À cause des risques de bombardements, l’historien Rodolphe Reuss & l’adjoint au maire Auguste Schneegans demandent au maire Théodore Humann de mettre les livres à l’abri. Réponse de celui-ci : « je n’en ai rien à foutre de vos livres ».[4]

6 août 1870 : Par ordre du préfet le Baron Pron, Straßburg est mis en état de siège.
Les médicaments sont réquisitionnés dans toutes les pharmacies par l’armée. Les ponts-levis sont relevés, quatre-vingt mille personnes sont enfermées dans la ville avec peu de vivres et d’armements. Un avis de la préfecture est apposé : « Le préfet du Bas-Rhin informe les habitants de Strasbourg que la ville est mise en état de siège. Strasbourg, le 6 août 1870. Baron Pron. »[5]

 7 août 1870 : Télégramme / Préfet du Bas-Rhin à Intérieur – Paris.

« La panique qui s’est produite hier à Strasbourg par suite des mauvaises nouvelles venues de Haguenau et de l’arrivée de soldats, traînards, fuyards et généralement peu blessés, cette panique a cessé. La population demandant des armes, j’ai promis d’organiser et d’armer 400 ou 500 hommes de garde nationale. Nous n’avons presque pas de troupes, 1500 à 2000 hommes ; si l’ennemi tente un coup de main sur la ville, nous nous défendrons jusqu’au bout ».
 7 août 1870 : Le nord de Straßburg est occupé par une puissante armée allemande. Bischheim, Hœnheim & Schiltigheim sont investis.

8 août 1870 : Arrivée devant Straßburg, d’un major badois muni d’un drapeau blanc.

Le major somme le commandant Uhrich de se rendre, sous peine de bombardement de la ville. Pensant à une plaisanterie, Uhrich refuse toute négociation. La ville se remplit de réfugiés des villages alentour.

8 août 1870 : La situation de la ville est prise très à la légère.

« Les palissades n’étaient pas encore dressées partout ; pas un arbre n’était coupé sur les routes, et l’eau des fossés des fortifications n’était pas plus haute qu’en temps de paix; les pièces des remparts étaient sans artilleurs ; il semblait enfin qu’une attaque contre Strasbourg fût réputée impossible et que ceux qui parlaient de la probabilité d’un siège, d’un blocus, d’un bombardement fussent des pessimistes qui ne savaient, dans le trouble où les jetait la peur, se rendre compte de la situation. On cherchait à prouver qu’il ne pouvait être question d’un mouvement offensif contre Strasbourg ».[6]

9 août 1870 : Télégramme / Préfet du Bas-Rhin à Intérieur – Paris.

« Les Prussiens n’ont pas passé le Rhin à Marckolsheim, près de Schlestadt, comme le croyait le sous-préfet. Le blocus de Strasbourg paraît imminent. Toutes mesures sont prises pour mettre la place en état de défense. Nous manquons de troupes pour le périmètre énorme des fortifications. Près de 50 individus prussiens, espions, sont dans nos prisons. Puis-je les évacuer sur l’intérieur ? ».

9 août 1870 : Lettre du préfet Pron à l’impératrice, régente de France.

« La situation de l’Alsace empire à chaque heure. Les protestants donnent la main aux Prussiens ; la défense de Strasbourg est impossible avec quelques centaines d’hommes. J’ai fait le sacrifice de ma vie ; je supplie Votre Majesté de nous envoyer des renforts qui rétabliraient la confiance et détruiraient les menées prussiennes ».[7]
 10 août 1870 : Avis bilingue cosigné par le général Uhrich et le préfet Pron.
 « Aux habitants de Strasbourg : Des bruits inquiétants, des paniques ont été répandus ces jours derniers, involontairement ou à dessein, dans notre brave cité. Quelques individus ont osé manifester la pensée que la place se rendrait sans coup férir. Nous protestons énergiquement, au nom de la population courageuse et française, contre ces défaillances lâches et criminelles. Les remparts sont armés de 400 canons. La garnison est composée de 11.000 hommes, sans compter la garde nationale sédentaire. Si Strasbourg est attaqué, Strasbourg se défendra tant qu’il restera un soldat, un biscuit, une cartouche. Les bons peuvent se rassurer ; quant aux autres, ils n’ont qu’à s’éloigner.
 11 août 1870 : Uhrich au Général commandant 6ème division à Guerre – Paris.
« L’effectif de la garnison se compose de 297 officiers des corps stationnés à Strasbourg, 123 officiers de la garde nationale mobile, 42 officiers isolés rentrés après la bataille de Frœschwiller, 7.043 hommes de troupes des corps stationnés à Strasbourg, 3.170 hommes de la garde nationale mobile, 1.598 hommes isolés rentrés après la bataille de Frœschwiller, 730 chevaux stationnés à Strasbourg, 408 chevaux rentrés avec les isolés. Je fais former des bataillons et des escadrons provisoires avec les isolés, dont un grand nombre sont sans armes et sans équipement ».

13 août 1870 : Début des bombardements de Straßburg par les Prussiens.

Les villages alentour sont occupés. Les fils télégraphiques sont coupés, la ville est isolée. La population est étonnée de la longue portée des canons et que les Allemands ne se contentent pas de bombarder les murailles mais le centre-ville. On déplore les premiers civils tués.

13 août 1870 : Stratégie du général prussien von Werder.

Les bombardements sont délibérément dirigés contre les habitations dans le but de terrifier la population, afin qu’elle pousse les militaires à se rendre.

13 août 1870 : Uhrich menace la population strasbourgeoise de représailles. Des bruits courent qu’une manifestation hostile à la guerre est prévue le 15 août. « En conséquence, il fait savoir que toute personne qui tenterait de troubler l’ordre sera arrêtée et traduite devant un conseil de guerre, qui rendrait son jugement dans les quarante-huit heures. Il n’y a que deux positions possibles dans les graves circonstances où nous sommes : Ami de la France ou son ennemi ; tout le reste est effacé ».

 14 août 1870 : La gare, le faubourg de Saverne et le quai St-Jean sont bombardés.
De nombreux réfugiés des villages alentours cherchent refuge à Straßburg.

 16 août 1870 : les bombardements continuent. De nombreuses maisons sont endommagées, plusieurs civils sont blessés ou tués.

Une sortie est organisée en-dehors de la ville. Les militaires sont surpris par les tirs des Badois. Seul le colonel Fievet du 16ème régiment de pontonniers s’est avancé vers l’ennemi. Tout comme son cheval, il a été blessé d’une balle.

16 août 1870 : Arrêté du maire Humann contre les risques d’incendies.
« Les propriétaires ou principaux locataires des maisons sises dans l’intérieur de la ville placeront aux rez-de-chaussée, aux différents étages et surtout sur les greniers des cuves remplies d’eau, des linges ou des éponges imprégnés d’eau, ainsi que de la terre et du sable non mouillé, afin de pouvoir immédiatement éteindre les commencements d’incendie qui pourraient se produire ».
16 août 1870 : Les habitants ne sont pas informés de la situation par les Autorités.
Afin de les empêcher de se rendre compte de la situation, le préfet Pron interdit aux Strasbourgeois, sous peine d’incarcération de monter sur les tours des églises.

 18 août 1870 : Sortie de l’armée française à Schiltigheim.

L’objectif est de brûler le maximum de bâtiments (brasseries, malteries, maisons de campagne) dans lesquels l’ennemi pourrait se cacher. Les arbres du cimetière de la ville sont abattus. En représailles, Straßburg est bombardé dès la tombée de la nuit. On déplore de nombreux dégâts humains et matériels.
21 août 1870 : la situation de la population civile est de plus en plus difficile.
La ville est en état de siège, depuis le 13 aucune nouvelle ne parvient de Paris.Ordre est donné de détruire toutes les maisons et de saccager les jardins au pied du mur d’enceinte, ce qui augmente le nombre de réfugiés dans la ville. Les cimetières extérieurs n’étant plus accessibles, les morts sont enterrés dans des fosses communes au jardin botanique.
23 août 1870 : Avis placardé dans la Ville, cosigné par Uhrich, Pron & Humann.
 La situation est de plus en plus difficile, l’armée a besoin de renforts. Seule solution, armer les Strasbourgeois. Par peur de l’ennemi intérieur, ceux-ci seront équipés de matériel obsolète.  « Habitants de Strasbourg. Le moment solennel est arrivé. La ville va être assiégée et soumise aux dangers de la guerre. Nous faisons appel à votre patriotisme, à votre virile énergie, afin de défendre la capitale de l’Alsace, la sentinelle avancée de la France. Des armes seront délivrées aux citoyens désignés par M. le Maire, à l’effet de concourir à la protection de nos remparts. Amis ! Courage ! La patrie a les yeux sur nous ! »

 24 août 1870 : Bombardement de la vieille ville et de la bibliothèque.

Le bombardement débute à 20 heures et dure toute la nuit et fait de nombreuses victimes. Des trésors partent en fumée, les peintures du musée situé dans l’Aubette, le Temple-neuf, la Bibliothèque, ainsi que de nombreux édifices anciens. Des quartiers entiers ne sont que ruines, le feu se communiquant d’un immeuble à l’autre.
La destruction de la bibliothèque est une catastrophe culturelle pour la région. Plus de 200.000 livres anciens, ainsi que des milliers d’incunables sont incendiés, dont le célèbre « Hortus Deliciarum » (Jardin des délices). Ce manuscrit magnifiquement enluminé, rédigé par Herrade von Landsberg date de 1175. Parmi les nombreuses peintures disparues du musée de la ville, on peut citer des œuvres de : Martin Schongauer, Hans Memling, van Ostade, Claude le Lorrain, Tintoret, Véronèse.

 

25 août 1870 : Les Strasbourgeois demandent des comptes au général Uhrich.

Uhrich n’a aucune chance de vaincre, il le sait. Son artillerie est désuète et bien moins efficace que les canons de von Werder qui tirent à plus de 3000 mètres. Uhrich n’a que deux possibilités : se rendre ou se terrer derrière les fortifications de la ville et attendre sa destruction totale et la mort de milliers d’habitants. Uhrich répond : « qu’il est en état de défendre la place, de la maintenir pendant plusieurs mois ; mais qu’il lui est impossible, avec le peu d’hommes dont il dispose, de tenter une attaque sérieuse contre l’ennemi, dont les forces très-considérables pourraient écraser d’un seul coup la plus grande partie de sa petite garnison. Il veut donc ménager ses soldats et ne point s’exposer à affaiblir ses moyens de défense ».
 25 août 1870 : Le général von Werder demande par lettre, à Uhrich de capituler.
Arrogant et borné, Uhrich est prêt à sacrifier la ville et sa population : « Mes murs sont encore debout et je ne puis songer à rendre une place que l’honneur comme l’intérêt de la France m’ordonne de défendre jusqu’à la dernière extrémité ».
 25 août 1870 : Tentatives de négociation de l’évêque avec les deux généraux.
L’évêque de Straßburg, André Raess demande en vain à von Werner d’arrêter de bombarder la ville, d’épargner ses habitants et de diriger les hostilités contre la citadelle et sa garnison. L’évêque demande à Uhrich de payer une pension journalière à Werner pour qu’il arrête les hostilités. Les négociations ayant échoué, les bombardements nocturnes continuent, la toiture de la cathédrale est en feu, des vitraux sont brisés, des statues mutilées. L’hôpital civil est bombardé, son église est en feu.
26 août 1870 : Avis placardé dans la Ville, cosigné par Uhrich, Pron & Humann.
« Habitants de Strasbourg. Depuis trois jours la ville est bombardée à outrance. Votre héroïsme, à cette heure, est la patience. C’est pour la France que vous souffrez. La France entière vous dédommagera de vos pertes. Nous en prenons l’engagement, au nom du gouvernement que nous représentons ».
 29 août 1870 : Mise en place de secours aux indigents par la mairie.
Les Strasbourgeois ayant perdu leur domicile durant les bombardements sont hébergés dans les écoles communales, et dans les bâtiments municipaux. La distribution de nourriture est également assurée.
29 août 1870 : Dissolution du Conseil municipal.
Une commission municipale est mise en place par le préfet Pron. Sa seule fonction est d’assister la population. Elle ouvre des restaurants, distribue du pain et loge les sans-abris.
31 août 1870 : Avis à la population par le général Uhrich placardé dans la Ville.
« Nous, général de division, commandant supérieur, vu l’état de siège, sur le rapport qui nous a été fait qu’une réunion de 300 personnes aurait été tenue hier matin, place Gutenberg, et que des motions illégales y auraient été formulées, Arrêtons :  Art. 1 : Tous attroupements ou réunions publiques quelconques sont interdits. Art. 2 : Les contrevenants seront déférés au Conseil de guerre ».

2 septembre 1870 : CAPITULATION DE NAPOLÉON III À SEDAN.

Napoléon est fait prisonnier avec 120.000 soldats.
Par la victoire de Sedan, ville natale de Turenne, l’Allemagne a vengé les crimes perpétrés par ce même Turenne contre l’Allemagne, donc aussi contre l’Alsace !« On respecte en Allemagne comme en France les mérites et le génie militaire de Turenne, mais nous nous mépriserions nous-mêmes si nous pouvions oublier un instant que ses succès ont été remportés aux dépens de notre pays et que c’est à lui que nous devons d’avoir perdu l’Alsace. Si la France célèbre à juste titre le héros dont la bonne lame a chassé d’Alsace le Grand-Électeur, elle ne peut pas s’étonner qu’aujourd’hui un autre marquis de Brandebourg reprenne d’un bras plus fort l’œuvre de son aïeul et rapporte à l’Allemagne la province allemande ».[8]                                 

4 septembre 1870 : PROCLAMATION DE LA TROISIEME RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 

11 septembre 1870 : Arrivée d’une délégation de volontaires suisses à Straßburg.
Ils sont venus aider les habitants en vertu d’anciens traités d’assistance mutuelle. Ils évacuent en Suisse la population qui désire quitter la Ville. Ils apprennent à Uhrich la défaite de Napoléon à Sedan et la proclamation de la République.

12 septembre 1870 : La population de Straßburg est prise en otage par Uhrich.

Malgré la défaite de Napoléon, les bombardements ininterrompus, l’état de la ville et de ses habitants, ainsi que la raréfaction des munitions, Uhrich s’obstine à continuer la guerre. L’armée prussienne s’approche de Paris, Straßburg est un ilot isolé.

12 septembre 1870 : Communiqué du général Ulrich :

« La République a été proclamée à Paris. Le Gouvernement de défense nationale s’est constitué. En tête de son programme, il a mis l’expulsion de l’étranger du sol français. Nous nous rallierons tous à lui, nous, chargés de la défense de Strasbourg, chargés de conserver à la France cette noble et importante cité. Unissons donc nos volontés et nos forces pour atteindre ce but et pour concourir ainsi au salut de la patrie. Habitants de Strasbourg ! Par votre souffrance et votre résignation, par le courage de ceux d’entre vous qui prennent part à la défense de la ville, par votre patriotisme, vous avez secondé l’armée dans les efforts qu’elle a eus à accomplir. Vous resterez dignes de vous-mêmes. Et vous soldats ! Votre passé répond de l’avenir, je compte sur vous, comptez sur moi.

18 septembre 1870 : Le général Uhrich est nommé citoyen de la ville de Straßburg.

« En hommage à sa glorieuse et héroïque défense de la ville, ainsi qu’à la sollicitude et la bienveillance témoignée aux habitants. Signé par MM. Kuss & Huck, président et secrétaire de la commission municipale ».

19 septembre 1870 : Une délégation de Strasbourgeois demande à Uhrich de capituler. Au courant de la situation militaire en France, Uhring refuse de capituler et s’obstine à continuer la guerre au mépris des habitants.

20 septembre 1870 : Arrivée à la nage à Strasbourg du nouveau préfet.

Le préfet, Edmond Valentin un Strasbourgeois, a réussi à franchir les lignes allemandes. Il a traversé l’Aar à la nage pour arriver dans la ville, sous les coups de feu des sentinelles. Le soir même, il fait afficher un avis officiel dans lequel il annonce la déchéance des Bonaparte. « Habitants de Strasbourg, vaillants compatriotes ! Le Corps législatif, dans sa séance du 4 septembre courant, a prononcé la déchéance de la dynastie des Bonaparte, qui deux fois arrivée au pouvoir par de criminels attentats contre la représentation nationale, a trois fois, en un demi-siècle, attiré sur la France la honte et les désastres de l’invasion. La République a été proclamée, une Convention nationale est convoquée pour le 16 octobre prochain et les pouvoirs publics sont confiés dans l’intervalle à un gouvernement de la défense nationale, composé des onze députés élus par la capitale et placé sous la présidence du général Trochu, soldat vigoureux, à l’intégrité et aux capacités duquel tous les partis, sans distinction, rendent depuis longtemps hommage… « Une des premières sollicitudes du nouveau gouvernement s’est portée vers la patriotique Alsace, vers sa vaillante capitale, et il s’est préoccupé de lui faire directement parvenir, ainsi qu’à son héroïque garnison, les remerciements émus de la France, de la population de Paris et du gouvernement de la République ».                       

 27 septembre 1870 : Uhrich fait hisser le drapeau blanc sur la flèche de la cathédrale. Les bombardements allemands cessent aussitôt.

 28 septembre 1870 : Capitulation du général Uhrich.

Extraits de la convention de Capitulation signée à Koenigshoffen à 2 heures du matin
Art. 1 Le 28 septembre 1870, à 8 heures du matin, M. le général de division Uhrich évacuera la Citadelle, la porte d’Austerlitz, la porte Nationale, celle des Pêcheurs. En même temps, ces divers points seront occupés par les troupes allemandes.
Art. 2 Le même jour, à 11 heures, la garnison française et la garde mobile quitteront la place par la porte Nationale, se placeront entre la lunette 44 et le réduit 37, et déposeront les armes.
« Art. 3 Les troupes de ligne et la garde mobile seront prisonnières de guerre et se mettront immédiatement en marche avec leurs bagages…

 28 septembre 1870 : Le Lieutenant-général von Ollech est nommé gouverneur militaire

 28 septembre 1870 : Ultime proclamation du général Uhrich.

Sauver son honneur, celle de l’armée et finir sa carrière en beauté, sont les seules choses importantes pour Uhrich. Le massacre de la population et la destruction de la ville et de ses chefs-d’œuvre n’ont aucune importance pour lui. Son obstination ne lui aura servi à rien, puisqu’il lui sera reproché d’avoir capitulé. « Habitants de Strasbourg ! Ayant reconnu aujourd’hui que la défense de la place de Strasbourg n’est plus possible, et le Conseil de défense ayant unanimement partagé mon avis, j’ai dû recourir à la triste nécessité d’entrer en négociations avec le général commandant l’armée assiégeante. Votre mâle attitude pendant ces longs jours de douloureuses épreuves m’a permis de retarder jusqu’à la dernière limite la chute de votre cité… Je conserverai jusqu’à mon dernier jour le souvenir des deux mois qui viennent de s’écouler, et le sentiment de gratitude et d’admiration que vous m’avez inspiré ne s’éteindra qu’avec ma vie… De votre côté, souvenez-vous sans amertume de votre vieux général, qui aurait été si heureux de vous épargner les malheurs, les souffrances et les dangers qui vous ont frappés, mais qui a dû fermer son cœur à ce sentiment, pour ne voir devant lui que le devoir, la patrie en deuil de ses enfants »

 28 septembre 1870 : Évacuation de la garnison française.

La garnison devait sortir avec les honneurs de la guerre ; mais aussitôt l’événement connu, une indiscipline indescriptible s’empara des troupes ; il devint impossible d’en faire façon et d’y maintenir l’ordre qui seul aurait pu assurer une sortie honorable. Les soldats s’enivrèrent, bon nombre déserta, les troupes sortirent dans un pêle-mêle complet de tous les corps, les soldats brisant leurs armes ou les jetant dans les fossés. Les officiers allemands dépeignent cette scène de l’évacuation de la place comme ayant produit sur eux une impression très pénible[9].
 

Bilan du Siège de Straßburg.

La ville n’est plus qu’un amas de bâtiments calcinés. 30% de la surface de la ville a été détruite par plus de 200.000 obus. Les bombardements ont touché : la bibliothèque, la cathédrale, la gare, le gymnase protestant, le palais de justice, la préfecture, le temple neuf, ainsi que le théâtre. 260 strasbourgeois ont été tués et 1100 blessés, plus de 10.000 personnes sont sans abri.

28 août 1870 : Von Werder est nommé commandant du XIVe corps d’armée. Sa mission est de s’emparer du reste de l’Alsace.

Après l’armistice de 1918, deux rues de Strasbourg honoreront le général Uhrich et le maire Humman pour leurs glorieuses attitudes durant le siège de la ville.

[1] Documents officiels concernant l’Alsace durant la guerre de 1870, recueillis aux Tuileries après le 4 septembre

[2] REUSS Rodolphe : Le siège de Strasbourg

[3] REUSS Rodolphe : Le siège de Strasbourg

[4] Mention manuscrite marginale de Reuss dans un de ses ouvrages.

[5] FISCHBACH Gustave : Le siège de Strasbourg

[6] FISCHBACH Gustave : Le siège de Strasbourg

[7] REUSS Rodolphe : Le siège de Strasbourg

[8] SYBEL Heinrich : Droits de l’Allemagne sur l’Alsace (1871)

[9] Journal de Genève

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