Woippy : un colloque pour comprendre le malaise des Mosellans en 1918

Un excellent article paru dans le Républicain Lorrain du 23/05/2018

Woippy : un colloque pour comprendre le malaise des Mosellans en 1918

La Société d’histoire de Woippy organise un colloque sur le retour de la Moselle à la France en 1918. Un retour qui ne s’est pas fait sans mal, dans une province incomprise de la France de l’Intérieur.

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  • Le 23/05/2018 à 14:00
Peu avant d’être chassé de Moselle, le photographe
          allemand Franz Idzior immortalise les statues impériales,
          arrachées de leur socle. Ici, celle de Guillaume I er, sur
          l’Esplanade. Photo DR/Collection C. FAUVEL Photo HD Peu avant d’être chassé de Moselle, le photographe allemand Franz Idzior immortalise les statues impériales, arrachées de leur socle. Ici, celle de Guillaume I er, sur l’Esplanade. Photo DR/Collection C. FAUVEL

Allemande depuis la défaite de Napoléon III à Sedan, l’Alsace-Moselle fait partie intégrante du Second empire, celui du Kaiser. Après la Grande Guerre, elle redevient française, après 50 ans d’annexion. C’est le retour à la France. Sous le vernis des fêtes patriotiques et cocardières, derrière les photos où des Français en liesse font tomber les statues prussiennes, se révèle une réalité plus amère.

Le malaise

La Société d’histoire de Woippy, qui fête cette année ses 30 ans, organise un colloque sur le Retour à la France à l’hôtel de ville de Woippy le 2 juin. Vice-président de la SHW, Pierre Brasme, raconte : « J’avais déjà effectué des recherches sur la souffrance des Mosellans à cette époque. Elles m’ont inspiré le roman L’indésirable (Éditions Pierron) qui parle d’une Mosellane d’origine allemande mise au ban de la société messine. L’historien évoque ici ce qu’on a appelé « le malaise alsacien-lorrain ».

Les proconsuls de Clemenceau

« En 1918, le reste de la France, a déjà complètement oublié que les Lorrains ont subi les affres du blocus de 1915. Parmi les classes les plus modestes, la disette a fait des ravages », poursuit Pierre Brasme. Le journal de Jeanne Haas, une Messine pendant la Grande Guerre (commenté par Pierre Brasme-Éditions Les Paraiges) en témoigne. « En Moselle vivait une communauté de fonctionnaires et d’artisans allemands. Ils pensent pour la plupart que les Alsaciens-Mosellans jouiront d’un statut spécial. » Mais Clemenceau nomme à la tête des « provinces retrouvées » ses proconsuls, profondément anti-allemands. À Metz, « c’est Léon Mirman, commissaire de la République, soutenu par le général de Maud’huy et le maire Victor Prevel qui vont procéder à la dé-germanisation et à la re-francisation », explique l’historien.

Les commissions de triage

Il faut imaginer les scènes dans les écoles où les enfants qui parlaient l’allemand ont, du jour au lendemain, dû apprendre la langue de Molière avec des instituteurs français qui ne parlaient pas un de celle de Goethe ! Plus grave : dès le Retour à la France, on expulse des Allemands de souche (Allemands avant 1871) et on les spolie de leurs biens. Ils retournent dans l’Empire originel : l’Altreich. On met en place des commissions de triage qui décident si un Mosellan avec deux parents, ou un seul parent allemand, peut rester vivre en Moselle. Des voisins envieux dénoncent un autre en l’accusant d’avoir été anti-Français pour s’approprier ses biens. On instaure des cartes de circulation avec des catégories A, B, C et D. « On peut parler de ségrégation », estime Pierre Brasme. Bernard Wittman, historien strasbourgeois, va plus loin et parle, dans ses ouvrages récents, d’« une épuration ethnique à la française ».

Chaos et injustice

À Metz, c’est le chaos, les cheminots allemands sont chassés, on manque de spécialistes dans le chemin de fer. Les fonctionnaires français qui viennent en Moselle sont mieux payés que ceux du reste de la France. Un sentiment d’injustice naît. Les Alsaciens-Mosellans veulent aussi conserver les avantages que leur accordaient les Prussiens comme les écoles confessionnelles, à une époque où la religion occupe une place importante. « Heureusement, après les erreurs de casting de Clemenceau, un député mosellan Robert Schuman, arrive à faire entendre la voix de la Moselle », explique l’historien. Son combat conduira le gouvernement à prendre une série de mesures qui aboutiront, entre autres, au Droit local.

Christine LECLERCQ

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