Lettre de l’Électeur-palatin Karl-Ludwig à Turenne

« Monsieur, Si vous commandiez l’armée des Turcs, et non pas celle du Roi Très-Chrétien, je ne serais pas surpris de voir mes États en feu, & mes sujets égorgés de sang froid ; mais comme cela ne s’est jamais fait, j’entends de brûler seulement, à moins qu’on ne refuse de payer les contributions, je suis persuadé que ce que vous en faites n’est que pour me chagriner, & je pourrais bien vous en faire repentir si j’avais une armée aussi forte que celle que vous avez l’honneur de commander. Si vous faisiez bien réflexion aux obligations que m’ont ceux de la maison de Bouillon, à qui mes pères ont souvent donné retraite, vous auriez été plus retenu, & vous vous feriez du moins acquitté par-là d’une partie de l’obligation que vous avez à cette Maison, à qui vous & les vôtres êtes redevable de vôtre grandeur. Votre père même fut ravi de trouver cet asile dans le temps que sa fidélité était suspecte à Henri IV, & peut-être qu’un jour vous ou les vôtres serez trop heureux de rechercher ma protection. Je ne vous en dirai pas davantage à ce sujet, de peur qu’il ne paroisse qu’il n’y ait plus de colère que de justice dans cette lettre. Cependant de peur que vous ne m’objectiez pour vous excuser, que la cruauté de mes sujets à l’égard de vos Soldats a forcé contre votre naturel à faire plus que vous n’en eussiez voulu faire, je vous dirai que vous saviez aussi bien que moi que ces meurtres avoient été faits par les Sujets de l’Évêque de Spire, & non par les miens ; quand bien même vous ne l’auriez pas su, il vous était facile de m’en demander justice, & je n’en étais pas prince à vous la refuser : mais si vous avez voulu vous la faire vous-même, & vous vous y êtes pris par des voies si indignes, que je n’aurai jamais de joies que je n’en aie tiré raison.

C’est pour cela que je vous écris, & comme je ne pourrais espérer de me venger pleinement dans une bataille où la confusion m’empêcherait de vous joindre, ou nous séparerait bientôt, je vous demande un combat particulier, cela sera là où vous voudrez, & je vous laisse le choix des armes. Aussi bien que du lieu. J’espère que vous avez trop de courage pour vous excuser sur vôtre emploi, ou du moins que si vous avez la délicatesse de n’en rien faire que vous n’en avez reçu la permission du Roi vôtre Maître, vous vous emploierez de si bonne force pour l’obtenir qu’il ne vous la refusera pas. J’attendrai vôtre réponse avec impatience, & si elle est conforme à mes désirs, ce sera le moyen de m’obliger à vous rendre l’estime que j’avais toujours eue pour vous ».

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